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N° 517 mai 2006 *

ISRAËL-PALESTINE

Appel d’Olga

Cf. aussi : [Israël-Palestine]

Pour la vérité et la réconciliation

Pour l’égalité et la coexistence

Cet appel a été signé par Anat Biletsky, Andre Dreznin, Haim Hanegbi, Yehudith Harel, Michel (Mikado) Warschawski, Oren Mediks, tous vétérans de la solidarité avec le peuple palestinien et idéologiquement anti-sionistes, auxquels se sont joints près de deux cent signataires supplémentaires. Nous en reproduisons ici de larges extraits pour la réflexion des militants anticolonialistes qui soutiennent à travers le monde la lutte de libération du peuple palestinien et l’engagement des militants anticolonialistes israéliens.

L’État d’Israël était sensé garantir la sécurité des Juifs en réalité, il a produit un piège mortel, dans lequel ses habitants vivent dans un danger permanent, un danger qu’aucune autre communauté juive a travers le monde ne connaît;

L’État d’Israël était sensé faire tomber les mur du ghetto aujourd’hui il construit le plus grand ghetto de toute l’histoire des Juifs;

L’État d’Israël était sensé être un État démocratique il a mis en place un régime colonial qui combine des éléments fondamentaux de l’apartheid et l’arbitraire d’une occupation militaire cruelle.

Dix ans après les accords d’Oslo, nous vivons une situation coloniale infernale au coeur des ténèbres. 37 années après qu’Israël ait conquis le reste des territoires palestiniens, en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, plus de trois millions et demi de Palestiniens qui vivent sous son contrôle, sont enfermés dans leurs villes et dans leurs villages, comme des animaux dans leurs enclos. Le concept « État palestinien » qui, pendant des années symbolisait l’option de la paix est utilisé par des politiciens israéliens comme une formule trompeuse pour marketiser la réalité de l’occupation : dans l’avenir, disent-ils à demi-mot et avec un clin d’oeil, il n’est pas exclu que l’entité palestinienne dans les territoires occupés soit définie comme « État palestinien ». En attendant, Israël élargit les opérations de destruction en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, déterminée à réduire le peuple palestinien en poussière.

Face au camp, majoritaire en Israël, des avocats des murailles de séparation, dont les partisans, qu’ils soient de droite ou de gauche, sont obsédés par les démons de la démographie et ne cessent de compter les populations, pour savoir combien de Juifs et d’Arabes sont nés et sont nés chaque semaine, combien de Juifs et d’Arabes résident dans le pays, et dans chacune de ses régions il est impératif de mettre en avant une alternative dont les principes de base sont :

- la coexistence des peuples de ce pays, fondée sur la reconnaissance mutuelle,

- la coopération sur un pied d’égalité et la réalisation d’une justice historique.

Nous sommes uni par la critique du sionisme qui est fondé sur le refus de reconnaître le peuple indigène et ses droits et sur l’adoption de la séparation, comme principe fondateur et comme mode de vie. Et pour couronner le tout, Israël s’obstine à refuser d’assumer une quelconque responsabilité pour ses actes, depuis l’expulsion de la majorité des Palestiniens de leur pays, il y a de cela plus de cinquante ans, jusqu’à la construction, aujourd’hui, des murs des ghettos pour le reste des Palestiniens dans les villes et les villages de Cisjordanie. Voila qu’aujourd’hui, partout ou un Juif et un Arabe se trouvent l’un avec l’autre ou l’un en face de l’autre, une frontière est tracée entre eux, pour les séparer et les différencier, qui est voué à la bénédiction et qui à la malédiction.

Nous sommes unis dans l’affirmation que ce pays appartient à tous ses fils et ses filles citoyens et résidents, présents ou absents sans discrimination entre individus ou entre groupes ; civile ou nationale ; religieuse, culturelle ou de genre. Oui, nous exigeons l’annulation de toutes les lois, décrets et pratiques qui discriminent entre citoyens israéliens juifs et citoyens israéliens arabes, et la fermeture de toutes les institutions, les organisations et les autorités qui s’appuient sur ces lois, décrets et pratiques.

Nous sommes unis dans notre certitude que la paix et la réconciliation exigent qu’Israël reconnaisse sa responsabilités dans les injustices subies par les Palestiniens, et soit prêt à les réparer. La reconnaissance du droit au retour découle de nos principes : réparer les torts qu’ont subi sans interruption pendant plus d’un demi-siècle les réfugiés palestiniens, génération après génération, est une condition sine qua non, non seulement pour une réconciliation avec le peuple palestinien, mais aussi pour réparer nos âmes à nous, Juifs d’Israël. Ce n’est qu’ainsi que nous cesserons d’être poursuivis par les spectres du passé, et que nous pourrons enfin nous sentir chez nous, dans ce pays commun.

Il n’est ni nécessaire ni judicieux de tenter, aujourd’hui, de deviner quelle forme prendrait notre vision d’une coexistence : deux États ou un État ? Une confédération ? Ou peut-être une fédération ? Et qu’en est-il d’une solution cantonale ? Quoi qu’il en soit, il y a une précondition évidente, nécessaire pour faire progresser notre vision d’une coexistence, à la fois comme impératif moral supérieur et comme réponse aux problèmes immédiats : la fin immédiate de l’occupation.

Ce n’est qu’ainsi que les Palestiniens de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et de la Bande de Gaza pourront se libérer du cauchemar de l’apartheid, des effets de l’humiliation et des démons de la destruction mise en oeuvre par Israël depuis 37 ans, jour et nuit, sans trêve. Ce n’est que libres, totalement libres, que les Palestiniens pourront discuter et décider de leur futur.

Quiconque a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre sait que le choix est entre « cent ans de conflit » supplémentaires dont la fin sera l’anéantissement ou la coopération entre tous les habitants de ce pays. Ce n’est que par une telle coopération que nous pourrons, nous Juifs d’Israël, cesser d’être des étrangers dans leur pays, et devenir enfin de véritables autochtones.

Guivat Olga, juin 2004