logo-inprecor Revue publiée sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale
Europe Amériques Afrique Moyen-Orient Asie Planète Economie Femmes IVe
 

Politique

N° 517 mai 2006 *

PALESTINE

Élections du Conseil législatif, nouvelle phase et vieilles questions

Cf. aussi : [Israël-Palestine]

Nassar Ibrahim

Nassar Ibrahim, écrivain et journaliste palestinien, est un collaborateur de l’Alternative Information Center.

Certains ont décrit les résultats des élections du Conseil Législatif Palestinien du 25 janvier 2006 comme un tremblement de terre ; d’autres les ont appelées « le tsunami du Hamas » ; d’autres encore ont parlé d’un bouleversement total. Comment évaluer et interpréter ces résultats de façon scientifique, sans tomber dans la provocation ou sous le choc des réactions momentanées ? Quels sont les horizons et les caractéristiques de la prochaine phase ?

Avant tout il faut noter que le peuple palestinien de la Cisjordanie, de la Bande de Gaza et de Jérusalem, a fait preuve de sa responsabilité nationale digne du respect car malgré les dures conditions imposées par l’occupation les élections se sont déroulées en toute tranquillité et de manière organisée. Le peuple palestinien et ses forces politiques de l’extrême droite à l’extrême gauche ont été reçus à l’examen difficile de la démocratie et celle-ci est une réalité fondamentale qu’il faut affirmer. La valeur de cette réalité réside dans le fait qu’elle ouvre un horizon ample pour accomplir les choix du peuple, comprenant la liberté de circulation de l’Autorité, la liberté de faire des campagnes électorales transparentes et le pluralisme politique actif.

Résultat des élections et ses répercussion

Les résultats ont été surprenants. Même le Hamas ne s’attendait pas à une telle victoire. Le Fatah, pour sa part, même dans ses prévisions les plus néfastes, ne s’attendait pas à une débâcle si lourde et si dure. Toutes les projections indiquaient un changement sérieux dans l’équilibre des forces politiques sur la scène palestinienne. Et il y avait des prévisions d’un important recul du poids du Fatah dans le Conseil Législatif et d’une avancée considérable du Hamas. Cependant les estimations indiquaient que ce changement resterait à l’intérieur du cadre de l’équilibre et qu’aucun des deux partis ne serait hégémonique dans le nouveau Conseil Législatif, voire que dans la meilleure des hypothèses le Fatah conserverait une majorité réduite devant tenir compte d’une forte opposition du Hamas, des autres forces de gauche et des indépendants.

Les résultats ont été radicalement différents et éloignés de ces prévisions. Un renversement politique et social dans le paysage politique palestinien s’est produit. Il a été précédé par des signaux sérieux, mais personne ne leur a donné l’importance nécessaire ni ne les a analysés. La victoire du Hamas, qui avait obtenu la majorité absolue des grandes municipalités de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, était pourtant un signal suffisant pour prévoir la profondeur du changement dans les élections au Conseil Législatif et pour indiquer que ce changement ne serait pas limité aux petites différences entre le Fatah et le Hamas. Au contraire il annonçait une recomposition des équilibres politiques qui avaient historiquement dominé la scène palestinienne.

Avant de nous plonger dans l’analyse de cette transformation, jetons un regard sur les résultats définitifs de ces élections selon les informations du Comité Central des Élections :

Nombre des ayant droit au vote en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza et à Jérusalem : 1 332 396

Nombre des votants 1 011 992, soit 75,96 %

Suffrages exprimés 74,5 % (dont en Cisjordanie : 73 % ; dont dans la Bande de Gaza 76 %)

Tableau à intégrer ici

Le Hamas et les candidats indépendants qu’il a soutenus ont obtenu 78 sièges dans le Conseil Législatif, alors que toutes les autres forces, Fatah compris, n’ont obtenu que 54 sièges (45 sièges pour le Fatah, 7 pour les forces de gauche et 2 pour la « Troisième Voie »). Mais l’écart entre le Hamas et le Fatah au niveau des listes proportionnelles était exigu (Hamas 42.9 % et Fatah 39.8 %), ce qui veut dire que les électeurs du Fatah ont accordé leur confiance à sa liste au niveau national ; c’est dans les duels des circonscriptions que le Fatah a été écrasé, car le Hamas y a obtenu 46 sièges sur un total de 66, alors que le Fatah en a obtenu 17 et que les 4 indépendants soutenus par le Hamas ont pris les sièges restants. Nous avons assisté à une punition sociale pour les candidats du Fatah ses personnalités qui ont été candidats dans les circonscriptions et qui aux yeux des gens symbolisaient la corruption et la faillite.

Les résultats ont mis en évidence aussi la marginalité des forces de gauche, dont le rôle politique et social s’est réduit à l’ombre de la polarisation entre le Hamas et le Fatah. Malgré les slogans et les programmes présentés au cours de la campagne électorale, les forces de gauche n’ont pas réussi à s’imposer comme alternative ou force de changement aux yeux des gens. La crise profonde n’a pas profité aux forces de gauche qui, au contraire, sont restées de petits partis.

Produit d’aspirations frustrées

En évaluant ces événements il ne faut pas tomber dans le piège d’une lecture superficielle ou de réactions précipitées, comme par exemple expliquer les résultats en termes de simple polarisation religieuse et la victoire du Hamas comme un recul social et religieux dont les effets se limiteraient à imposer le voile, comme certains le disent, ou à l’ingérence dans les libertés individuelles et personnelles, comme d’autres le prévoient.

Nous disons cela car le Hamas n’a pas remporté cette énorme victoire en agitant le drapeau de l’application de la Shari’a islamique en Palestine. Sa victoire dérive de son rôle politique, de son rôle dans la résistance à l’occupation. Il a pu apparaître en tant que défenseur des droits nationaux, prenant le risque de l’élimination et faisant face aux renoncements gratuits d’Oslo et de la « Feuille de route ». L’autre facteur qui a donné un grand élan au Hamas a été sa critique totale de l’orientation du Fatah et de l’Autorité sur le plan social et économique et sa revendication de combattre la corruption. Il n’est pas donc étonnant que le nom de la liste du Hamas fût : « changement et réforme ».

Les résultats des élections législatives reflètent la ferme volonté populaire palestinienne de changement et de reconstruction de toute la réalité et de l’orientation politique et sociale. Le peuple palestinien, qui avait accordé au Fatah encore dix ans après la signature du Traité d’Oslo, évalue maintenant les résultats et, par conséquence, lui fait régler l’addition.

Plus de treize ans après la signature des Accords d’Oslo, il est devenu évident que ces accords impliquaient des marchandages politiques et des renoncements continus pour les Palestiniens. Aux yeux du citoyen palestinien, il s’agit de renoncements gratuits et injustifiables. Malgré les conséquences dramatiques des Accords d’Oslo, le Fatah n’a pas réfléchi sur son expérience et ses résultats. Au contraire il s’est plongé dans une nouvelle aventure nommée « Feuille de route ». Cela alors qu’Israël utilisait aussi bien les Accords d’Oslo que la « Feuille de route » comme des instruments pour frapper les droits nationaux palestiniens. L’État d’Israël a ainsi pu s’imposer de facto sur le territoire à travers l’expansion des colonies. Il s’est assuré le contrôle du peuple palestinien et de son économie. Il a bénéficié de la couverture politique américaine, y compris en ce qui concerne le terrorisme d’État organisé par Israël contre le peuple palestinien.

De ce comportement politique du Fatah dérive sa transformation de mouvement de libération nationale en parti du pouvoir. Cela a fait éclater des profonds conflits en son sein, entre, d’une part, son rôle et sa fonction dans l’Autorité Palestinienne et, d’autre part, le rôle qu’il aurait dû jouer en tant que mouvement de libération au niveau national, tant pour s’opposer à l’occupation, que sur le terrain de la reconstruction nationale économique et sociale efficace. À cause de son incapacité à régler ces conflits, le Fatah s’est retrouvé entre l’enclume représentée par l’occupation, sa guerre ouverte contre le peuple palestinien et ses droits nationaux, et le marteau représenté par son incapacité et sa corruption.

L’exploit politique de l’Autorité Palestinienne et de son parti, le Fatah, consistait à obéir de manière précipitée et sans pondération aux conditions israélo-américaines, pouvant être résumées par ces trois orientations stratégiques :

1. préserver l’ambiguïté en ce qui concerne les compétences politiques et juridiques de la solution définitive, ce qui rendait cette solution quelque peu énigmatique ;

2. faire de la question de la sécurité le point de départ, afin d’isoler ainsi le peuple palestinien des forces de la résistance, pour aboutir à une solution politique imposée par la logique israélienne de la force ;

3. modifier la réalité politique, sécuritaire et économique du peuple palestinien selon les attentes et les conditions finales d’Israël, comme condition à toute solution.

Si les résultats d’Oslo ont conduit le Fatah à la crise et à la régression, au contraire, le Hamas a profité de ces échecs accumulés. Il a intensifié ses attaques politiques, en restant très attaché à ses discours durs et en s’identifiant à la lutte armée. Il a pu ainsi se présenter comme une force capable de répondre par la terreur aux attaques et à la puissance militaire israélienne. En même temps, il a refusé de marchander les instances nationales palestiniennes tout en continuant à critiquer la corruption et l’inaptitude sévissant dans la structure de l’Autorité Palestinienne et dans les élites dominantes du Fatah. Pour toutes ces raisons le Hamas a commencé à attirer les couches désespérées et révoltées, pouvant se présenter comme l’alternative à tous ces échecs.

Les élections du Conseil Législatif avec ses résultats dramatiques s’insèrent dans ce cadre-là. Le peuple palestinien, tout au fond de lui-même, nous dit : « Nous n’avons pas donné notre confiance au Hamas parce qu’il s’est présenté comme une force religieuse, mais parce que nous avons besoin de faire fonctionner l’Autorité Palestinienne, ce que ne garantissait pas la politique du Fatah et ses résultats politiques et socio-économiques ; cela veut dire que voter Hamas dans ces élections n’est pas un mandat absolu ou un chèque en blanc, mais qu’il s’agit, plutôt, d’une occasion, d’un test, d’un défi au Hamas ».

Passera-t-il ce test et réussira-t-il à offrir aux citoyens palestiniens ce que le Fatah n’a pas réussi à lui offrir pendant les années passées, sur le terrain politique, économique et de la sécurité ?

Nous ne sommes donc pas face à une substitution de l’hégémonie du Fatah par celle du Hamas, mais plutôt face à un défi à évaluer pendant quatre ans. Sous cet aspect, les élections représentent un point d’interruption historique et caractéristique dans l’expérience politique et démocratique palestinienne.

Il y a ici un point positif pour le Fatah : il a réussi à achever l’opération démocratique au sein de la société palestinienne et à aller jusqu’au bout. Cela ouvre l’horizon pour mettre en marche la société palestinienne et ses forces politiques, et pour utiliser le processus démocratique comme instrument à travers lequel on accorde ou on révoque la confiance à n’importe quelle autorité politique chargée de la protection et de la garantie des droits politiques et sociaux du peuple palestinien. Autrement dit, il n’y a plus personne qui ait l’immunité historique ou politique, car les urnes électorales qui s’ouvriront tous les quatre ans feront tout dépendre, de nouveau, des choix des électeurs.

La victoire du Hamas dans ces élections n’est pas une victoire définitive et absolue, mais seulement une occasion donnée pour montrer s’il est apte à traiter les défis politiques et sociaux qu’il doit affronter. Par conséquence l’orientation du Hamas, dans une certaine mesure, reflète le désir des gens de changer. Elle représente aussi le résultat de la faillite des autres.

Mais on ne peut pas construire l’avenir en se fondant seulement sur ces faillites. Le défi le plus important est de réussir à construire et à changer. L’échec de n’importe quelle force politique ou sa faillite politique et sociale représentent, dans une certaine mesure, une ressource pour les forces alternatives qui sont en compétition. Mais ils ne sont pas une condition suffisante pour assurer leur succès.

Fatah : après l’échec

Les résultats du Fatah sont une catastrophe pour une organisation qui au cours des dernières décennies a été la force dominante de l’OLP et au sein de l’Autorité Palestinienne. Cette défaite confronte donc le Fatah à une nouvelle phase historique et à de nouvelles questions qui concernent son rôle historique, son rôle actuel et futur.

Le plus grand défi auquel le Fatah doit maintenant faire face, c’est sa capacité de percevoir et d’évaluer sa propre faillite. Sera-t-il apte à se reconstruire soit comme organisation, soit du point de vue politique ? Réussira-t-il à évaluer et critiquer son expérience passée ou sombrera-t-il dans ses contradictions qui assureront sa régression et sa décadence ?

Les questions auxquelles tant le Fatah que les différentes forces de la gauche sont confrontés, c’est aussi : pourquoi la victoire du Hamas fut-elle si grande ? Pourquoi le Fatah et les autres n’ont-ils pas réussi à conquérir la confiance des citoyens palestiniens ? Poser les questions justes facilite le dialogue ainsi que la critique intérieure et prépare à formuler les bonnes réponses aux défis réels, en dévoilant les causes de la défaite, pour ainsi dire.

Le problème ne se limite pas à l’évaluation des politiques, des programmes sociaux et à la lutte contre la corruption. Il va bien au-delà. La structure d’organisation du Fatah, formé il y a 40 ans, est-elle encore valide pour les missions politiques et sociales et pour la lutte que la réalité palestinienne impose dans cette phase ou faut-il lancer un renouvellement total de toute l’organisation de manière à pouvoir répondre aux transformations subies par cette réalité ? Si nous le formulons de cette manière, c’est bien parce que certains tentent d’expliquer le recul du Fatah en rejetant la faute sur ses rivalités intérieures et sur sa désunion. Une telle réponse induit immédiatement la question suivante : mais pourquoi le Fatah n’a-t-il pas été uni et pourquoi des rivalités et des luttes se sont-elles développées en son sein ?

On ne peut certainement pas se limiter aux rivalités personnelles pour expliquer l’échec. En réalité les changements de la réalité palestinienne et du Fatah lui-même ont fait que sa structure et ses organes de direction ont été déjà transformés en centres de pouvoir politique et économique, que les intérêts de ces centres de pouvoir prévalaient sur ceux du mouvement et apparaissaient sous la forme de conflits de générations, de divergences entre les riches et les pauvres, de dissidences politiques, de désaccords sur les choix tactiques entre ceux qui soutenaient en priorité la résistance et ceux qui ne croyaient plus que dans les négociations, etc.

Le Fatah a ainsi été continuellement plongé dans la crise. Cette impasse s’est manifestée par son incapacité à faire front aux phénomènes tels que la corruption et l’usage du pouvoir pour satisfaire ses intérêts personnels. Les conflits et les luttes se sont ainsi aggravés jusqu’à exploser à l’intérieur du Fatah, en achevant ainsi sa paralysie et en l’empêchant d’engager des réformes intérieures. Tant lors du choix des candidats au sein du Fatah que lors des élections du Conseil législatif on a ainsi pu assister à des luttes visant à s’approprier le Fatah, ses symboles et sa direction.

S’il veut continuer, le Fatah devra donc renouveler son point de vue, ses programmes et sa structure d’organisation et de direction. Mais le Fatah est confronté aussi à un autre défi, qui concerne sa stratégie et sa tactique, pour tenir compte des résultats des élections. Sera-t-il capable de se conduire de manière mûre et tranquille ou entrera-t-il dans le tourbillon des réactions qui le pousseront à commettre d’autres fautes ? Sous cet aspect le Fatah a tout un éventail d’options :

refuser toutes les invitations du Hamas à participer au pouvoir et d’en partager les responsabilités pour forcer le Hamas à assumer seul la confrontation politique et sociale, sans lui fournir des couvertures politiques. Cependant cette option signifie laisser au Hamas toute latitude pour reconstruire toutes les institutions et tous les organismes de l’Autorité. Cela signifie lui rendre service en facilitant sa mainmise sur les institutions nationales. En outre cela rend plus difficile la réglementation des rapports entre l’institution présidentielle de l’Autorité, représentée par le président Mahmoud Abbas, et le gouvernement du Hamas.

afficher la disponibilité du Fatah à participer au gouvernement afin de défendre son existence et son pouvoir dans les institutions et dans les autres organes de l’Autorité Nationale, en essayant de freiner et de dissuader le Hamas de tout renversement radical dans ces institutions ; en outre exercer des pressions et traiter avec le Hamas ; ce dernier penchera pour une trêve afin d’éviter de donner une occasion permettant de justifier des conflits au sein de la société palestinienne.

recourir à l’Autorité Nationale Suprême représentée par l’OLP (le Conseil National et le Comité Exécutif) pour équilibrer la suprématie du Hamas dans le Conseil Législatif. Cela revient à abattre d’emblée toutes les cartes, car le Conseil National Palestinien est le plus haut organisme représentatif du peuple palestinien et c’est l’organe autorisé à signer les accords. En outre cela revient à mettre dans la balance le prestige théorique et juridique de l’OLP en tant que représentant légitime et unique de l’ensemble du peuple palestinien.

De toute manière, quel que soit son choix, le Fatah ne laissera pas le Hamas réorganiser tranquillement les institutions. Il va recourir à toutes les manoeuvres pour affaiblir le Hamas et le faire échouer. Il semble que pour éviter d’étaler ses divergences, le Fatah préfère refuser de participer au gouvernement palestinien dirigé par le Hamas. Il veut ainsi pousser le Hamas dans ses derniers retranchements, avec le soutien des positions déclarées par le Quartette international (États-Unis, ONU, Union européenne et Russie) qui, à leur tour, refusent de traiter avec un gouvernement conduit par le Hamas, à moins que ce dernier n’accepte les conditions israéliennes : reconnaître l’État d’Israël, arrêter la résistance armée en déposant les armes, reconnaître les accords signés par l’Autorité Palestinienne sous la direction du Fatah. En cas de refus d’accepter ces conditions, le Hamas devra faire face à l’isolement, à la suppression des subventions et resterait sur la liste des organisations terroristes selon les paramètres israélo-américains.

Cette dernière position du Fatah semble faire pression au niveau tactique, mais c’est une arme à double tranchant, car, en pratique, elle présente le Fatah comme un mouvement qui a choisi de s’unir au groupe des forces qui exercent les pressions contre le Hamas, (Israël, États-Unis, Europe et quelques États arabes) ; cela représenterait une provocation directe contre la conscience et la respectabilité du peuple palestinien qui interpréterait cette position comme une punition pour son choix démocratique.

Hamas : face aux responsabilités

À la lumière de ces faits, comment se conduira le Hamas ?

Il est clair que l’ampleur surprenante de la victoire du Hamas a, d’une façon ou d’une autre, suscité la joie dans ses rangs, mais, en même temps, cela le met face à des défis aussi dangereux que sérieux.

Il y a des différences entre le Hamas en tant que force d’opposition et de résistance et le Hamas à la tête de l’Autorité Palestinienne, une différence du même type que celle qu’il y a entre les deux, lorsqu’un jeune célibataire se retrouve père de famille et responsable des enfants.

De toute façon, le Hamas n’a pas d’autre choix que de gouverner proportionnellement à l’ampleur de sa victoire, et donc il agira avec précautions et, probablement, devra se conformer aux règles suivantes :

se préparer à ouvrir le dialogue avec toutes les forces, en particulier le Fatah, pour former un gouvernement de coalition nationale selon un programme politique social unique ;

atténuer les peurs du Palestinien de la rue, notamment en ce qui concerne les libertés individuelles ; il est probable qu’il ne fera aucun pas sur ce terrain qui pourrait susciter des réactions sociales contre lui.

Le défi le plus difficile pour le Hamas sera d’affronter les réactions israéliennes ; il est prévisible qu’il tentera de rassurer l’occupant, mais cela dépendra de sa capacité à contrôler les autres forces qui mettront probablement à l’épreuve les réactions du Hamas à travers des opérations spécifiques au coeur d’Israël ;.

tenter rapidement des réalisation concrètes sur le plan du changement et de la réforme administrative et économique ; dans ce domaine le Hamas doit affirmer sa propre crédibilité et celle de ses programmes électoraux ;

être malléable du point de vue politique et diplomatique et tenter d’établir rapidement des canaux de communication et de dialogue, directs et indirects, avec l’Europe et les Etats-Unis ;

agir avec lenteur et précaution sur le plan de l’action politique, mais en continuant à affirmer son propre engagement face aux points d’ancrage palestiniens.

Le Hamas doit donc faire face à des défis énormes et, maintenant, il doit montrer sa capacité à les traiter tout en désarmant les mines placées sur son chemin.

La tentative de former le nouveau gouvernement palestinien indique que le Hamas n’a été apte à convaincre aucune des organisations palestiniennes à y participer. Sous certains aspects, cela représente un clair échec pour lui. La raison pour laquelle ces forces s’abstiennent de participer au gouvernement c’est le refus du Hamas de reconnaître l’Organisation pour la Libération de la Palestine, affaire qui a constitué une grande humiliation pour les groupes de l’OLP. Cela confirme les craintes qu’il n’aspire à se poser comme une alternative historique à l’OLP. À mon avis, le Hamas a échoué face à ce premier test, car il aurait dû faire preuve d’une grande flexibilité sur ce sujet pour ne pas se retrouver isolé à affronter toutes ces pressions. En outre il avait intérêt à ne pas donner l’impression de répéter l’expérience d’hégémonie et d’isolement du Fatah. Mais même si l’ont ne tient pas compte des raisons susmentionnées, au moins il s’agissait de gagner du temps pour mieux s’organiser.

Une gauche en crise

Les élections ont irréfutablement montré que toutes les forces de gauche vivent une crise réelle car elles n’ont pas réussi à convaincre l’homme de la rue palestinien qu’elles sont aptes à présenter un projet démocratique alternatif. Ces partis n’ont pas réussi à polariser les masses et les résultats marginaux qu’ils ont obtenus indiquent une profonde impasse. Les partis qui agissent depuis plusieurs décennies ont à peine dépassé le pourcentage minimum dans ces élections. Cette réalité dévoile combien profonde est la tragédie de ces forces, qui doivent répondre à la question relative à leur futur destin. Continueront-ils à se conduire selon la même logique ou réviseront-ils radicalement et stratégiquement leur vision, leur comportement, leur programme et leur structure ?

Ces forces le Front populaire (FPLP), le Front démocratique (FDLP), le Parti du peuple (PPP), l’Union démocratique palestinienne (FIDA), l’Initiative nationale palestinienne n’ont pas d’autre choix que celui de lancer un processus de dialogue basé sur la critique et l’évaluation pour construire un nouvel organisme qui agisse comme une force unique apte à rétablir le rôle des forces démocratiques palestiniennes en les sauvant du déclin et de la disparition.

La société palestinienne a besoin d’un instrument politique et d’organisation qui la représente et la conduise pour qu’elle puisse jouer le rôle d’acteur socio-politique dans le cadre de la démocratie, qui existe objectivement au niveau politique, économique, culturel et social. Les forces démocratiques dans la société palestinienne sont en outre otages de leur propre capacité à se présenter comme une force influente apte à briser l’état de polarisation existante entre Fatah et Hamas. Ce but est hors d’atteinte, à moins que les forces démocratiques n’agissent ensemble comme une alternative aux programmes bourgeois et libéraux représentés par le Fatah et aux points de vue bourgeois et conservateurs du point de vue tant social qu’idéologique représentés par l’Islam politique dans les programmes du Hamas.

Une responsabilité fondamentale pèse ici sur le Front populaire de libération de la Palestine en tant qu’organisation la plus grande et la plus crédible, outre qu’il s’agit d’une organisation historique. Continuer en faisant mine de rien, ou miser sur le noyau dur historique, ou se conduire selon la logique étriquée des partis, signifierait finir en autres crises.

Conscience, expérience, mémoire

Les résultats des élections législatives mettent aussi en lumière la perspicacité de la conscience politique et la puissance de la mémoire de la majorité des secteurs du peuple palestinien.

Certaines formations et listes qui se sont présentées sur l’arène électorale, ont imaginé qu’il était possible de tromper le peuple à travers des slogans, des programmes électoraux et des débats politiques basés sur l’idée d’une rupture avec l’histoire, l’expérience et la mémoire collective. Ils ont cru qu’organiser des campagnes électorales bruyantes aurait suffi. Ils ont donc dépensé des capitaux infinis pour que les instituts de sondage les fassent passer pour des forces alternatives. Cela les a fait rêver de recueillir des résultats surprenants en ouvrant les canaux de communication avec des sources étrangères de financement en tant que forces qui auraient refaçonné radicalement la réalité.

Ensuite le moment des élections et celui des résultats est arrivé et ces listes se sont retrouvées dans la panique devant la volonté et la conscience collective palestinienne qui ont fait en sorte qu’elle ne dépassent qu’à peine le minimum suffisant.

Par ailleurs, la majorité de l’électorat palestinien agissait à l’intérieur de contextes et de modèles rigides à cause de l’isolement de ses forces politiques, historiques et combattantes. Tout cela s’est exprimé par les phénomènes suivants :

l’extrême chute de popularité du Fatah ne s’est pas orientée vers de nouvelles formations, mais elle s’est concrétisée sous forme d’exode électoral de masse vers le Hamas ;

le Hamas a maintenu son avancée et son élan et il a recueilli autour de lui la plus grande partie des voix submergées ou silencieuses, celles de ceux qui étaient exaspérés par l’expérience de l’Autorité Palestinienne et de ceux qui étaient assoiffés de changement ;

le Front populaire pour la libération de la Palestine s’est relativement distingué en maintenant sa position de troisième force, cependant que son poids général s’est réduit car les résultats obtenus ne sont pas en harmonie avec son rôle historique et son poids national dans l’expérience politique de la lutte palestinienne ;

la liste « Alternative » le Front démocratique (FDLP), le Parti du peuple (PPP), l’Union démocratique palestinienne (FIDA) n’a obtenu que deux sièges, bien que ces partis soient considérés comme enracinés dans la scène palestinienne et qu’ils aient présenté une liste unitaire, ce qui illustre la réduction de leur influence ;

la faiblesse des résultats obtenus par la liste « l’Initiative », dirigée par Mustafa Barghuthi fut une surprise ; cela représente un échec pour les arguments avancés par cette liste, qui a surestimé son poids et son rôle au point de commencer à se conduire comme si elle était un troisième pôle sur la scène politique palestinienne ;

Cela vaut aussi pour la liste de la « Troisième voie », animée par Salam Fayad et Hanan Ashrawi, qui a organisé une campagne électorale aux coûts exorbitants en ayant recours à une manière plus proche de ce que les Européens nomment la provocation et la clameur. Mais les gens n’ont pas prêté attention à toutes ces nuances.

L’erreur de toutes ces forces consiste en ne pas avoir compris que la conscience et le comportement du citoyen palestinien sont liés à trois remparts fondamentaux : unir l’histoire et l’actualité ; unir les droits nationaux et la nécessité de susciter le changement et la réforme ; être solidement liés aux choix de la résistance et à ce qui s’harmonise avec la conscience et l’expérience stratifiée du peuple palestinien affrontant l’occupation.

Comme confirmé par les résultats électoraux, le peuple palestinien en affrontant les ingérences et les pressions extérieures est très sensible face à n’importe quelle tentative d’offenser sa respectabilité et sa fierté. En conséquence les élections et leurs résultats représentent un message clair et dur adressé à toutes les forces extérieures (avant tout à Israël, en second lieu aux États-Unis et, finalement, à l’Europe) ; le contenu de ce message c’est qu’elles ne peuvent pas affronter les luttes de caractère historique et complexe en utilisant les menaces, l’humiliation et en imposant des conditions qui n’ont pas la moindre crédibilité.

Toutes les politique traîtres, la désinformation et le fait de définir les forces nationales palestiniennes comme terroristes n’ont pas déplacé d’un millimètre la conscience et la position du citoyen palestinien car il vit la réalité de l’occupation et il paye par ses victimes depuis des décennies ; le problème, aux yeux du citoyen palestinien, n’est pas un jeu médiatique et une compétition entre des chaînes satellitaires.

À cause de tout ça, la réaction naturelle face aux tentatives d’usurpation des choix et des droits du peuple palestinien a été celle de serrer les rangs et de s’identifier encore plus avec les forces combattantes. De cette façon, le citoyen palestinien a interagi avec les déclarations des chefs israéliens, de l’état-major de la Maison Blanche et de quelques-uns des Européens responsables qui ont précédé et accompagné les élections du Conseil Législatif (menace d’imposer des sanctions économiques et politiques dans le cas où les Palestiniens auraient élu le Hamas, ou dans le cas où le Hamas aurait participé à l’Autorité ou au gouvernement). Ces déclarations stupides ont représenté une provocation énorme pour la sensibilité du peuple palestinien qui a répondu en assurant le Hamas de plus de sympathie et de son appui.

En conclusion : que les États-Unis, Israël et l’Union européenne se réjouissent donc. Que feront-ils maintenant, après que le Hamas se soit emparé de la majorité des sièges du Conseil Législatif et qu’il est aux commandes de l’Autorité et du gouvernement palestinien ?

Traduction : Benedetto Palombo (de l'arabe)