Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Politique

N° 513-514 janvier-février 2006 *

LES NÔTRES

Simonne Minguet (1920-2005)

Cf. aussi : [Jean-Michel Krivine] [Les Nôtres]

Jean-Michel Krivine

Simonne Minguet nous a quitté le 1er décembre, à l’âge de 85 ans. Depuis ses jeunes années elle aura mené une vie militante exemplaire. Éveillée à la politique par la révolution espagnole, elle entre en contact avec les trotskistes au début de la guerre et rejoindra en 1942 le Comité Communiste Internationaliste (CCI) qui diffuse clandestinement sa presse. Deux ans plus tard elle est orientée en usine et est embauchée à Issy-les-Moulineaux à l’usine d’aviation Caudron-Renault : c’est « la première femme ajusteur de France ». Un jour, elle se promène à Billancourt avec un ami du PCF et ils croisent un groupe assez pitoyable de prisonniers allemands. Son camarade laisse tomber : « Tu vois, c’est ici qu’il faudrait lever le poing et chanter l’Internationale ! »

A l’époque l’Humanité titrait « A chacun son Boche ! »

Cela la bouleversa et l’incita à obtenir de son organisation trotskiste l’autorisation d’adhérer au PCF pour être mieux entendue des nombreux militants de ce type. Elle devait y rester jusqu’en 1946 où elle fut exclue pour « hitléro-trotskisme ».

En effet, elle n’avait pas chômé dans son usine : création de comités ouvriers par atelier puis d’un comité central avec des délégués de toutes les usines Caudron-Renault (6 000 travailleurs). Il s’agissait bien d’un début d’expérience autogestionnaire, la première en France, qu’elle raconte de façon passionnante dans « Mes années Caudron. Une usine autogérée à la Libération ».

Tout en militant activement « à la base », elle va occuper des postes de responsabilité dans le Parti Communiste Internationaliste (PCI) qui s’était formé en 1944 par la fusion de 3 organisations trotskistes : au Comité central puis, après la scission de 1952 entre « pablistes » et « lambertistes » au Bureau politique et même au Comité exécutif de la IVe Internationale.

Le travail qui l’occupera le plus à cette époque est la lutte anticoloniale : contre la guerre d’Indochine d’abord, puis contre celle d’Algérie à partir de 1954. Avec son fidèle compagnon, Pierre Avot-Meyers, elle participe très activement à l’aide concrète au FLN algérien et sera arrêtée au printemps 1956 ainsi que le dirigeant du PCI Pierre Frank. Devant l’avalanche de protestations leur procès n’aura pas lieu.

Après l’indépendance de l’Algérie en 1962 elle rejoint le groupe des trotskistes qui cherchent à y promouvoir une orientation socialiste, notamment par le développement de l’autogestion. Elle sera reporter à l’APS (Algérie Presse Service). Arrêtée en 1965 avec un groupe de camarades, après le coup d’État de Boumedienne qui mettra fin à l’expérience autogestionnaire, elle restera emprisonnée plusieurs semaines puis expulsée en France. Elle reprend ses études et devient interprète de conférence.

Elle fait alors partie de la Tendance marxiste-révolutionnaire internationale (TMRI) de Pablo, représentée en France par l’Alliance Marxiste Révolutionnaire, qui s’est séparée en 1964 de la IVe Internationale. Cela ne l’empêchera pas de garder de bonnes relations avec la LCR et de participer à son Université d’été. En décembre 2002 les lecteurs de Rouge découvriront sa signature et celle de son compagnon au bas d’une lettre de douze militants, ex-pablistes, expliquant pourquoi ils rejoignaient la LCR qui « a su se dégager d’une partie des dogmes archaïques qu’elle a longtemps véhiculés » et qui « a ainsi adopté un fonctionnement interne où la démocratie semble l’emporter sur le centralisme ».

Après ce rappel des principales activités militantes de Simonne, il convient de souligner sa disponibilité et sa discrétion, toujours prête à accomplir les tâches modestes que l’on demandait aux femmes à cette époque (taper à la machine, tourner la ronéo, traduire, etc.)... Elle était par ailleurs passionnée par le combat féministe et fut une des rares femmes cadres de l’organisation (et même la seule membre du Bureau Politique...). Sa maîtrise des langues (et notamment de l’espagnol) aura apporté une grande aide lors des conférences internationales et des congrès mondiaux. Les camarades d’Amérique latine notamment doivent bien s’en souvenir. Pour tous ceux qui l’ont connue, son départ est très douloureusement ressenti.

Notes

1. Simonne Minguet, Mes années Caudron, Une usine autogérée à la Libération, éd. Syllepse, Paris 1997.

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