Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 642-643 août-septembre 2017

CHINE

Liu Xiaobo (1955-2017) : la conscience démocratique face à la tyrannie

Cf. aussi : [Chine]

Enrique García*

Liu Xiaobo, le dissident démocratique le plus connu de Chine, Prix Nobel de la paix, est mort dans un hôpital de la ville de Shenyang, le 13 juillet 2017, à l’âge de 61 ans.

Liu Xiaobo. Copyright © The Nobel Foundation Photo: Bi Yimin

Liu Xiaobo. Copyright © The Nobel Foundation Photo: Bi Yimin

Liu avait été libéré quelques jours auparavant par les autorités chinoises pour qu’il meure à l’hôpital, après huit ans de prison. Il souffrait d’un cancer du foie en phase terminale.

Il était né le 28 décembre 1955 dans la province de Jilin et il était le fils d’un professeur membre du Parti communiste chinois. Il étudia la littérature et commença à être connu comme écrivain et poète dans les années 1980, durant la période des réformes menées par Deng Xiaoping. En 1989, le mouvement démocratique de Tienanmen le surprit alors qu’il était professeur invité à l’université de Columbia (USA). Il abandonna tout pour revenir immédiatement s’unir aux protestations sur la place principale de Pékin.

Synthèse et articles Inprecor

À Tienanmen, Liu Xiaobo devint l’un des trois conseillers des étudiants occupant la place. « Si nous ne nous unissons pas aux étudiants et que nous n’affrontons pas les mêmes dangers qu’eux, nous n’avons pas le droit de leur dire quelque chose », une déclaration de Liu rapportée par le chanteur Hou Dejian. Avec sa grande expérience politique, Liu Xiaobo prédit la rupture au sein de la direction du PCC et la répression contre les étudiants. Avec le petit groupe des conseillers, Liu Xiaobo négocia avec les chefs de l’armée l’ouverture d’un corridor pour permettre à des milliers d’étudiants d’abandonner la place, le 3 juillet, à l’aube, alors que gisaient les cadavres de dizaines d’étudiants qui avaient tenté de freiner les tanks.

Quelques jours plus tard, Liu Xiaobo (qui s’était refusé à quitter Pékin) fut arrêté et condamné à 21 ans de prison. Il fut à nouveau arrêté et condamné en 1996 à trois ans de travaux forcés pour avoir aidé à organiser le mouvement des mères des victimes de Tienanmen.

Dans les années 2000, Liu Xiaobo devint la principale figure du mouvement démocratique chinois. En 2009, il fut l’un des premiers signataires de la Charte 08, qui parvint à obtenir plus de 9 000 adhérents et qui transforma les dissidents chinois en un mouvement politique. À nouveau détenu et jugé pour la troisième fois en novembre 2009, il prononça un plaidoyer, « Nous n’avons pas d’ennemis », qui deviendra son discours d’acceptation du Prix Nobel de la paix en 2010 : « La grandeur de la résistance non violente, c’est que même quand un homme s’affronte à une puissante tyrannie et souffre pour cela, la victime répond par l’amour et non par la haine, par la tolérance et non par le sectarisme, par l’humilité et non par l’arrogance, avec dignité sans s’humilier et avec la raison face à la violence ».

Liu Xiaobo put compter sur l’appui inconditionnel de sa compagne, Liu Xia, toujours en résidence surveillée pour éviter toute déclaration à l’occasion de sa mort. À son amour sans conditions, il se référa aussi dans son jugement de 2009 : « Même s’ils me réduisent en poussière, mes cendres t’embrasseront ».

Son ami et camarade du Pen Center indépendant chinois, le célèbre poète Meng Lang *, a écrit le poème nécrologique suivant :

Sans titre, pour Liu Xiaobo

Diffuser la mort d’une nation

Transmettre la mort d’un pays

Alléluia, seul il revient à la vie.

Qui a empêché sa résurrection ?

Cette nation n’a pas d’assassins,

Ce pays n’a pas des taches de sang,

Avec quelque jeu de mains

Un jeu de main de médecin, bienveillant,

Et plein de cette nation, de ce pays.

Peux-tu perdre du poids ? Un peu plus ?

Comme lui, un homme, tes os sont l’échafaudage du musée de l’humanité.

Diffuser la mort d’une nation

Transmettre la mort d’un pays

Alléluia, seul il revient à la vie

* Enrique García, traducteur, collaborateur de la revue Sin Permiso (État espagnol). Meng Lang, né en 1961, à Shanghai. Coéditeur de : A Compendium of Modern Chinese Poetry 1986-1988 (Universidad de Tongji). Exilé aux États-Unis en 1995, il est co-fondateur avec Liu Xiaobo du Pen Center indépendant de Chine. Actuellement, il vit à Hong Kong où il édite le journal Bell Press. Cet article a été publié le 16 juillet 2017 par www.sinpermiso.info, 16 juillet 2017 (Traduit de l’espagnol par Hans-Peter Renk)

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