Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 666-667 août-octobre 2019

CHILI

La classe ouvrière est en train de se constituer en acteur politique 

Cf. aussi : [Chili]

Entretien avec Karina Nohales et Javier Zuñiga*

Contexte A partir d’octobre, plus d'un million de manifestants descendent quotidiennement dans les rues. Les manifestants protestent contre les inégalités sociales dans le domaine de l’éducation, de la santé et des retraites. L'événement déclencheur a été l’augmentation du ticket de métro. Pour la première fois depuis la dictature, l’armée est déployées dans les rues. 22 personnes sont tuées par les forces de l'ordre, 2.000 sont blessées et 110 sont torturées. Grève générale le 12 novembre. Accord des partis pour organiser un référendum en 2020 pour une nouvelle Constitution pour remplacer celle héritée de Pinochet.

Alex G. : Où en sommes-nous dans la mobilisation au Chili ? Comment la qualifier ? Hier, nous avons appris la démission du cabinet ministériel et la fin de l’état d’urgence. Qu’est-ce que cela signifie ? Comment a évolué le président Piñera face au mouvement ?

Javier Zuñiga :

Synthèse

Je pense qu’en ce moment le pari de Piñera et de son gouvernement part de l’analyse que la réponse politique par l’état d’urgence n’a pas permis de contenir la mobilisation. Les mobilisations se sont multipliées jusqu’à atteindre un niveau important : l’immense mobilisation du vendredi 25 octobre en est une expression éloquente. Cela démontre que la réponse répressive n’a pas désactivé les éléments moteurs de la mobilisation. Piñera essaye de capter un certain niveau de mécontentement, qui a démarré avec la hausse du prix du ticket de métro, mais s’est élargi à d’autres problèmes de la société. Les couches du peuple qui se sont mobilisées commencent à exiger des changements en profondeur. Le changement de cabinet ministériel fait partie de l’idée de lâcher du lest peu à peu, à des fins de communication. Mais cela ne suffit pas pour désamorcer la mobilisation. Ce changement de cabinet n’a pas entrainé un consensus.

Karina Nohales : Selon moi, il y a une insurrection populaire au Chili, un soulèvement contre le système politique – c’est le bilan des 30 ans d’une démocratie pactée. Cela a commencé avec la mobilisation de la jeunesse contre la hausse du prix du métro, s’est étendu à tout Santiago et à tout le pays. Mais cela ne se traduit pas par des revendications spécifiques, parce qu’il s’agit d’une contestation du système politique dans son ensemble, des partis politiques qui ont participé à cette démocratie pactée. Piñera a répondu au fur et à mesure que le mouvement se développait : lorsqu’il commence contre la hausse du prix du métro, Piñera la suspend et déploie les militaires dans les rues ; quand le mouvement conteste les abus économiques et les inégalités sociales, Piñera annonce un paquet de mesures économiques. Mais aucune de ses réponses n’a fonctionné. Ainsi, la mobilisation a adopté des formes différentes : explosive à son début, diffuse dans les régions, puis il y a eu une baisse de la mobilisation le mardi 22 octobre, mais à partir du mercredi, elle a pris sa forme actuelle, massive et concentrée dans les centres des villes. Dans les régions, des mobilisations se poursuivent.

Alex G. : Que signifie la répression militaire dans une perspective historique ? Quelles sont les méthodes d’autodéfense et de protection ?

Karina Nohales : Le gouvernement a attendu seulement huit heures pour déployer les militaires dans les rues de Santiago et proclamer l’état d’urgence. C’est une décision forte, parce que cela indique l’instabilité de la bourgeoisie, avec ce que cela signifie pour le marché des valeurs boursières et les capacités d’investissement. Cette décision est une rupture du récit de la transition post-dictatoriale, affirmant « plus jamais ça ». Pour nous, le « ça » signifiait la fin de la présence des militaires. Pour la bourgeoisie, cela voulait dire « plus jamais de lutte des classes ». Il faut signaler que l’armée actuelle et celle de la dictature, ce ne sont pas deux armées différentes. Évidemment, les personnes qui la composent ont changé. Mais l’institution militaire est restée intacte, elle représente la continuité entre la dictature et la démocratie, tout comme la transition. Les forces armées sont restées impunies. Il y a maintenant un changement de période au Chili. Quelque chose d’étrange a eu lieu : les gens n’ont pas eu peur et sont sortis dans la rue, malgré la présence militaire et le couvre-feu. Sur le plan de l’autodéfense, un peuple sans arme a deux solutions, qu’il a utilisées, sa créativité et sa masse.

Javier Zuñiga : Ce qu’a dit Karina est une première dimension. Recourir à la force militaire c’est l’ultime moyen dont dispose la bourgeoisie face à une insurrection. L’armée doit apparaître en tant que garant de la démocratie bourgeoise. Mais, dans notre cas, cela n’a rien résolu et c’est même devenu un problème pour le gouvernement Piñera. La levée du couvre-feu samedi dernier en témoigne. Un nouveau scénario s’est ouvert : comment le gouvernement essayera-t-il de désactiver la mobilisation sans les militaires ? Le coup est risqué, car que reste-t-il au gouvernement à offrir ? Il est probable que le changement de cabinet ministériel servira à y faire entrer des figures de la transition de la Démocratie chrétienne, complètement usées. Mais cela n’a aucun sens pour les masses travailleuses mobilisées. Où ce scénario pourrait-il nous amener ? Il y a une crise politique, mais s’agit-il ou s’agira-t-il d’une crise d’hégémonie, c’est-à-dire d’une crise des capacités de l’ensemble du réseau capitaliste de redevenir hégémonique dans l’ensemble de la société, de se recomposer ainsi une base sociale ? Les capitalistes ont essayé dans un premier temps de résoudre la crise avec les militaires. Mais maintenant ces derniers vont retourner à leurs casernes. Les violences et les atteintes aux droits humains – qui continuent à être pratiquées – vont être connues et commentées. Pour les capitalistes, cela signifie un défi quant aux formes du récit des révoltes et donc une difficulté supplémentaire pour contenir la mobilisation dans ce cycle politique qui s’ouvre. Des questionnements fondamentaux pourraient surgir dans ce contexte.

Karina Nohales : Les chiffres officiels font état d’environ 20 morts. Il est probable que nous en découvrions plus. L’Institut national des droits humains va mener des investigations sur les personnes mortes dans des incendies pour comprendre l’origine de leurs décès. Il y a aussi des cas de violence sexuelle. Contrairement à l’époque de la dictature, nous sommes actuellement capables de faire reconnaître de telles violences. Sous la dictature, la violence sexuelle a été rendue invisible. Maintenant, du fait du travail des féministes, il est reconnu que ce ne sont pas des excès mais bien une forme d’exercice de la répression, spécifiquement contre les femmes, une manière de discipliner les corps. Ces jours-ci des gendarmes, et non des militaires, ont torturé un jeune, en le violant et en l’obligeant à déclarer publiquement qu’il était homosexuel. Il s’agit bien d’une dimension politique de l’action disciplinaire des forces de répression et non d’un excès. La violation des droits humains est désormais abordée de manière multidimensionnelle. Dans le Sud un jeune a été assassiné. Son père a déclaré qu’il tenait pour responsable l’homme qui a dit que nous étions en guerre et qui a mis les militaires dans la rue. La responsabilité pour les violences ne retombe pas seulement sur les militaires, car c’est bien Piñera qui en est responsable. C’est bien pour ça que nous demandons sa démission.

Alex G. : Piñera a annoncé un paquet législatif de mesures sociales et économiques. Quelles sont ces mesures ? Qu’en pensez-vous ?

Karina Nohales : Cet ensemble de mesures a été annoncé le mardi 22 octobre. Piñera est un homme d’affaires. Ma première impression a été qu’il se comportait comme les employeurs durant une négociation collective. En faisant des offres démagogiques, il a répondu comme s’il s’agissait d’une entreprise, et non de la société. 70 % de ces mesures concernent les retraites, parce que Piñera sait que c’est un point de conflit très important. Après, viennent les thèmes de la santé et des salaires. Il a offert d’élargir la couverture médicale en subventionnant les médicaments, c’est-à-dire les entreprises privées qui en disposent. Pour garantir un revenu minimum, il a encore proposé de l’argent public pour subventionner les entreprises : dans le cas où un travailleur est payé en dessous du revenu minimum, l’État complètera. L’augmentation du montant des retraites se fait sans toucher aux administrations de fonds de pensions, qui sont des institutions financières. Il s’agit donc de l’approfondissement de la logique de la Constitution de Pinochet de subventionnement des entreprises privées. Tout le monde se fiche de ces mesures.

Synthèse

Javier Zuñiga : Il faut d’abord signaler l’influence des réseaux sociaux dans la circulation de messages politiques, d’appels à manifester, à s’organiser. Quand Piñera a annoncé ces mesures, la réaction a été immédiate sur les réseaux : ne pas le croire et les rejeter. La manifestation de vendredi dernier a été la plus grande de l’histoire du Chili pour la même raison : le message politique c’est que l’annonce de ce paquet législatif n’a pas de sens pour le peuple. Cela n’a pas eu un effet de démobilisation et cela n’a pas permis au gouvernement de récupérer des secteurs du mouvement. Ces mesures n’ont pas été perçues comme pouvant améliorer les conditions de vie, mais comme une manœuvre, un coup de com’. J’étais aujourd’hui dans une assemblée où, à propos du discours de Piñera, une femme de plus de 60 ans a dit : « Ça n’a eu aucun impact, car nous nous sommes réveillés ».

Alex G. : Quel bilan faites-vous des journées de grève générale de la semaine dernière ? Des secteurs continuent-ils la grève ?

Karina Nohales : Au Chili il n’y a eu que rarement une grève générale. Et jamais depuis le retour de la démocratie. Les journées de protestation de 1983 à 1986 ont démarré avec des appels à la grève générale, mais face à l’impossibilité pour la classe ouvrière de se mobiliser sous la dictature, cela s’est transformé en protestation nationale. Comme la Coordination féministe du 8 mars (CF8M) l’a dit, la grève était un mot interdit, dont le contenu était inconnu. C’est à partir du féminisme que la thématique de la grève générale s’est à nouveau installé en tant qu’une méthode de lutte de la classe ouvrière. La CF8M a proposé d’appeler à la grève générale pour le lundi 21 octobre à un espace plus large, appelé Unité sociale, auquel elle participe. La Centrale unitaire des travailleurs (CUT) a répondu qu’elle n’était pas préparée et a jugé irresponsable cette proposition dans un contexte de couvre-feu. Nous avons donc décidé de lancer l’appel le dimanche avec les organisations lycéennes et d’autres organisations des droits humains. Le jour suivant, les organisations syndicales d’Unité sociale ont eu une réunion pour appeler à la grève générale pour le mercredi. Sans la pression exercée par la jeunesse et les féministes, nous ne savons pas si cet appel aurait été fait. Le lundi 21 octobre, les dockers d’une vingtaine de ports chiliens ainsi que les travailleurs de la mine de cuivre privée la plus grande du monde, la Escondida, étaient en grève. C’est très significatif. Cependant, il est difficile d’évaluer l’impact réel de la grève parce que tout était paralysé dans les faits. Les syndicats industriels ont indiqué que les entreprises ouvertes ont fonctionné à 30 %, et la majorité était fermée car il n’y avait pas de moyens de transport. Mais la grève apparaît de nouveau au Chili comme une méthode d’action. Mercredi prochain, une nouvelle grève générale est appelée. Nous pourrons mieux voir si cela fonctionne effectivement.

Javier Zuñiga : Les travailleur·es dans leur ensemble étaient déjà mobilisés depuis au moins le vendredi 18 octobre, construisant une subjectivité avec les barricades, les cacerolazos (concerts de casseroles) et une envie d’occuper l’espace public. Dès cet instant des appels circulaient en permanence de manière spontanée. Appeler ou non à la grève suppose de prendre en compte qu’il y a déjà un soulèvement. Les gens étaient dans la rue avant qu’il n’y ait un appel. C’est donc différent du processus de la grève générale féministe appelée pour le 8 mars 2019 : le travail des camarades féministes a été de préparer un événement marquant, dans le travail productif, tout en construisant son ancrage dans le travail reproductif, avec des assemblées, des espaces de délibération préalables, etc. Par conséquent, la différence c’est que les derniers appels arrivent alors que des événements sont déjà en cours. Qu’est-ce qui est donc en jeu avec l’appel à la grève, si les masses sont déjà mobilisées ? À mon avis, une dialectique se met en place, comme le dit Gramsci, entre la spontanéité et l’orientation du mouvement. Le pari de la grève est d’imprimer un sens à la mobilisation. Ce procédé est soutenu par une grande partie des organisations socio-politiques – bien que cela ne signifie pas « se mettre en avant », comme le veulent certains secteurs. La subjectivité de rage et de mobilisation ne se décrète pas, mais il est possible de contribuer à la marquer avec une orientation. Appeler à la grève permet de concentrer les multitudes de la mobilisation en cours. Ce cycle politique peut être marqué par une perspective anti-néolibérale – du moins c’est ce qu’indiquent les assemblées populaires. Cela pourrait ouvrir dans la société un contexte nouveau. La grève devient à nouveau un outil reconnu par les masses mobilisées. Et si elle est un succès, le mouvement va s’approprier la grève comme tactique d’accumulation de forces. La grève ne sera alors pas une auto-affirmation de la classe ouvrière, mais une ressource offerte au mouvement. Avec la grève dans les secteurs stratégiques de l’économie, cette méthode conduit à s’organiser en fonction de la grève, qui redevient un outil d’action de toute la classe ouvrière et pas seulement du monde syndical et organisé.

Unité sociale

Alex G. : L’espace Unité sociale semble diriger ou du moins influencer le mouvement. Qu’est-ce que propose ce secteur ? Comment se lie-t-il aux mobilisations ?

Javier Zuñiga : Unité sociale est un référent légitime. Par exemple, dans l’assemblée où j’étais, les gens reconnaissent la nécessité de se doter d’un interlocuteur au niveau général. Unité sociale est un réseau complexe d’organisations. À mon avis trois tendances font partie de cet espace :

• Premièrement, un secteur composé par les grands syndicats et mouvements sociaux traditionnels : la CUT, le mouvement No+AFP [pour un système public de retraites], une partie de la Confédération nationale de la santé municipale (Confusam), le syndicat des enseignants (Colegio de profesores), la Confédération nationale des professionnels universitaires des services de santé (Fenpruss), l’Association nationale des employés administratifs (Anef). Ils marquent une certaine orientation de l’espace. Ce secteur aspire à diriger le mouvement, à apparaître à la tête du mouvement, et non se mettre à sa disposition, faire des propositions, recueillir les revendications, etc.

• Le deuxième secteur est composé des organisations féministes, environnementales, étudiantes, « pobladores » (habitant·es des quartiers périphériques et populaires), des associations de droits humains qui ne s’intègrent pas dans les logiques syndicales traditionnelles. Nous ne sommes pas en harmonie avec la compréhension de la situation qu’ont ces organisations syndicales, parce que nous comprenons qu’un moment d’urgence de contestation du régime néolibéral est en train d’avoir lieu. Nous devons être à sa hauteur, donc ne pas nous concentrer sur des revendications corporatives. Pour cela, il faut maintenir ouverte la situation et la participation populaire au travers des conseils (Cabildos) et des assemblées de base. Notre objectif n’est pas d’empêcher des négociations – qui vont sûrement avoir lieu – mais d’ouvrir un processus de politisation à partir de la contestation du régime. Il n’est plus possible de vivre comme nous vivions il y a un mois. Nous comprenons donc l’idée d’assemblée constituante comme un élément de dynamisme pour permettre la participation politique du peuple.

• Enfin, il existe un troisième secteur, moins structuré, qui voit Unité sociale comme un toit sous lequel se mettre pour la coordination et la direction des protestations.

Unité sociale apparaît donc comme un agent relativement légitimé par le peuple, bien que des différences se notent. C’est un espace en conflit, qui permet de réunir les organisations populaires.

Karina Nohales : Selon mon analyse personnelle, depuis la dernière élection présidentielle un nouveau bloc d’opposition (Frente amplio) est apparu et les anciens blocs gouvernementaux – Nueva Mayoría, Concertación (deux coalitions intégrant le Parti socialiste, la Démocratie chrétienne, le Parti communiste, des organisations social-libérales et du centre) – ont été détruits en passant à l’opposition. Il faut donc former un nouveau bloc d’opposition. Le Parti communiste est le plus offensif pour se mettre à la tête d’une nouvelle configuration de l’opposition. Par exemple, le projet de diminution du temps de travail à 40 heures a obligé toute l’opposition à se ranger derrière le PC, donc il a marqué des points. Le PC réussit à exclure peu à peu la Démocratie chrétienne du bloc d’opposition, ce qui est une preuve de son rôle.

Lorsque l’irruption dont nous parlons apparaît, le PC continue à faire ce qu’il a réussi au parlement, mais à travers la CUT. La CUT intègre l’Unité sociale après sa formation et la dirige rapidement. À partir de cela beaucoup d’autres organisations intègrent cet espace, qui est apparu à l’initiative de No+AFP. Tandis que la CF8M, qui fait partie d’Unité sociale depuis le début, a décidé de participer de façon critique. En effet, cet espace est perçu comme regroupant les sommets des organisations et dirigé par des secteurs syndicaux conservateurs. Pour ces derniers, la lutte des classes se conçoit dans sa forme syndicale, l’écologie et le féminisme sont considérés comme subordonnés. Nous avons rendu explicite cette critique.

Unité sociale a fini par appeler à la grève générale. Mais la conception d’une grève générale est différente pour la CUT et pour CF8M. La CUT et les autres organisations syndicales voulaient faire une grève pour démontrer notre sérieux en appelant à la discipline et en montrant notre capacité de diriger – comme si la désobéissance de la classe ouvrière était une chose peu sérieuse ! Finalement c’est une grande manifestation pour le 23 octobre qui a été proposée, ce qui pouvait apparaître très en dessous de la situation. Des actions ouvertement démobilisatrices ont aussi été proposées. La grève générale se comprend par ces secteurs comme un moment et la possibilité et de placer ses directions dans le mouvement. Le féminisme entend la grève générale comme un processus, dans lequel la classe ouvrière – avec à sa tête les femmes et les minorités de genre et sexuelles – peut s’organiser et penser à la vie qu’elle veut et comment elle veut l’organiser. Dans un sens strict, nous féministes, considérons qu’aucune grève n’a été générale, parce que le travail de soins n’était pas à l’arrêt. La grève ce n’est pas seulement s’arrêter de travailler, mais aussi penser beaucoup. En définitive, nous parlons donc de deux conceptions de la grève générale : une est de créer, l’autre est de diriger. Ces conceptions ont été mises sur la table ces jours.

Alex G. : Quelle relation a Unité sociale avec la gauche institutionnelle ? Que fait et propose cette dernière, notamment au parlement ?

Karina Nohales :

Synthèse

Mon opinion personnelle, mais partagée par d’autres camarades dans la dernière assemblée de la CF8M, c’est qu’en maintenant l’activité parlementaire l’opposition a permis au pouvoir exécutif de maintenir sa gouvernance. Unité sociale a lancé l’idée d’une grève législative, mais ça n’a pas eu lieu. Par exemple, le projet de diminution du temps de travail à 40 heures par semaine a été adopté pendant l’état d’urgence, avec des militaires dans la rue. Dans le Frente amplio (FA), qui a émergé lors de la dernière élection présidentielle, il n’y a pas eu d’accord entre les différents secteurs. L’idée de ceux qui voulaient maintenir l’activité parlementaire était qu’ils préservaient ainsi la démocratie. Mais l’opposition permet ainsi de légiférer sous l’état d’urgence l’ensemble des mesures proposé par Piñera, en donnant ainsi un coup de main au gouvernement. À un moment, le gouvernement a proposé une réunion avec les partis d’opposition. Y sont allés la Démocratie chrétienne (DC), le Parti radical et le Parti pour la démocratie. Le PS, le PC et FA n’y ont pas été. Révolution démocratique (principal secteur de FA) voulait y aller dans un premier temps. C’est grave. Maintenant le PC veut mettre Piñera en accusation au nom de la Constitution de 1980… et FA est d’accord !

Javier Zuñiga : Le rôle du PC a été très important, il a immédiatement annoncé qu’il n’allait pas assister à la réunion convoquée par Piñera. Comme l’importante expérience politique du PC est reconnue, il a une influence sur tout l’arc des partis d’opposition, ce qui lui permet de se démarquer de la DC et de mettre sous pression le PS et FA. Mais de toute façon le mouvement n’allait pas accepter une réunion des partis d’opposition avec Piñera. Ils risquaient d’être rejetés de la même manière. Le PC l’a compris. De plus, le PC a reconnu Unité sociale comme l’acteur légitime et la société civile comme étant le centre du dialogue. Ainsi commence le cheminement de la reconnaissance en termes de légitimité et d’interlocuteur d’Unité sociale. Mais une partie de l’opposition exerce une pression constitutionnelle, dans la continuité.

Unité sociale comprend des militant·es de FA, du PC et des éléments du PS, mais on ne peut pas dire que ce front est dirigé par les partis. Le mouvement, comme la dynamique interne d’Unité sociale ne permettent pas, du moins pour le moment, que ces groupes en prennent la tête. Cela pour une raison de fond : la mobilisation dans laquelle s’inscrit Unité sociale émerge de manière non coordonnée mais impulsée par la classe ouvrière en tant qu’acteur qui interpelle l’ensemble de la société. Cela fait bouger la manière de faire de la politique. Cependant, le fait que la classe ouvrière émerge ne signifie pas qu’elle s’organise et acquière une conscience « pour soi », il n’y a que des embryons d’organisation et de lutte qui vont dans ce sens, bien qu’ils croissent. Comme la classe surgit en tant qu’acteur, Unité sociale peut contribuer à sa recomposition politique à condition qu’elle ne pense pas seulement à des dialogues avec le gouvernement ou à des revendications corporatives et conciliatrices limitées.

Alex G. : Pendant ces journées de révolte, des gens sont apparus avec des gilets jaunes. José Antonio Kast, figure de l’extrême droite chilienne, les a appelés à manifester dimanche dernier. Une base sociale réactionnaire peut-elle apparaître dans cette situation ?

Karina Nohales : Les médias ont d’abord présenté les premiers jours du soulèvement comme un pillage fait par des délinquants. Ils ont créé ainsi un sentiment d’insécurité. Alors, dans les quartiers des groupes qui utilisaient des gilets jaunes – avec des bâtons ou d’autres formes d’armes domestiques – ont fait leur apparition voulant éviter les vols et défendre leurs maisons. Rapidement, l’extrême droite a appelé ces gilets jaunes à participer à une manifestation le 27 octobre au nom du droit de vivre en paix – tentant ainsi de s’emparer de la chanson de Victor Jara El derecho de vivir en paz, devenue un hymne populaire durant le couvre-feu. Cela provoquait de la confusion. Mais le vendredi 25 octobre, après la grande manifestation, l’extrême droite a décidé d’annuler sa manifestation. Peut-être la manifestation du vendredi 25 octobre n’aurait pas eu autant de succès s’il n’y avait pas eu autant de militaires dans les rues et si le gouvernement n’avait pas continué à ne parler que des voleurs saccageant les petits commerces. Mais à cause de notre histoire, au moment où les militaires se déploient dans les rues un sentiment contre l’armée mobilise les gens. La présence militaire dans les rues rouvre un souvenir traumatique.

C’est peut-être de l’optimisme, mais je pense que le peuple du Chili n’est pas de droite. Sans les militaires dans les rues il aurait pu y avoir plus de gilets jaunes de droite, car l’extrême droite est habile. Mais elle a été dépassée. Le discours sur le vol et l’insécurité a duré deux ou trois jours. Lorsque le gouvernement a baissé le ton sur l’idée que « nous sommes en guerre », les médias sont passés du vol à la terreur. Des vidéos terribles de la répression, avec des militaires tirant sur les gens et entrant dans les maisons, sont apparues, suggérant que « si tu sors dans la rue, ils vont te tuer ». Ce récit n’a pas fonctionné. Alors, à la suite de la grande manifestation, les médias ont encore changé de discours, assurant que le peuple est pacifique et donne l’espoir d’un meilleur futur, parce que le pouvoir est à son écoute. Piñera a ainsi dit que c’était beau de voir des familles manifester… alors que les gens demandaient qu’il s’en aille.

Javier Zuñiga : Des secteurs de la droite, les gendarmes et les militaires ont essayé de capter les gens qui avaient peur. Un sentiment de paranoïa et d’hystérie a existé et l’extrême droite tente de le capitaliser. Elle veut une issue corporatiste, cible la partie du peuple travailleur qui aspire à la paix et la tranquillité dans l’immédiat, pour l’opposer à la partie qui parie sur la mobilisation, qui comprend que c’est le moment de revendiquer. L’immense manifestation de vendredi dernier a désactivé la supposée harmonie entre l’extrême droite et une partie du peuple. Ces gilets jaunes n’étaient pas forcément favorables à une issue plus militarisée, ni favorables à José Antonio Kast (qui a obtenu 8 % des voix aux dernières élections présidentielles et ressemble à Bolsonaro sous certains aspects). Beaucoup voulaient seulement être tranquilles. Dans mon quartier de Puente Alto – une commune de la périphérie urbaine – ceux qui portaient des gilets jaunes ont célébré l’événement du vendredi en faisant un barbecue et en écoutant de la musique populaire et de gauche. Après que les médias eurent tenté d’exagérer les aspects les plus réactionnaires de la convulsion que nous vivons, cette manifestation nous a ressoudés comme classe. Kast a un discours sécuritaire qui a pu interpeller le peuple pauvre et y trouver un écho, mais son programme économique préserve le néolibéralisme qui est à l’origine du mal-être que nous vivons. C’est une limite radicale de son projet. Il ne peut pas proposer une issue à cette mobilisation contre le mode de vie néolibéral et le mal-être qu’il provoque, devenus insupportables. Par ailleurs, l’apparition des gilets jaunes révèle le problème réel des bandes organisées dans les quartiers populaires périphériques, qui font du trafic de drogue et commettent des délits touchant la classe ouvrière. C’est à eux que les gilets jaunes font face. Il s’agit d’une réelle menace. Cela n’implique en aucun cas un soutien au gouvernement ni à Kast ni à la répression.

Alex G. : Les formes de lutte et les mots d’ordre qui semblent avoir le plus de force sont – outre la grève générale – les assemblées territoriales et l’Assemblée constituante. Quelle est la réalité des assemblées territoriales en ce moment ? Quels sont les processus d’auto-organisation qui se développent ? Comment ces mots d’ordre sont apparus, de manière spontanée ou en tant que fruits de l’expérience des luttes des dernières années ?

Javier Zuñiga : C’est une sorte de mixture de convocations d’assemblées territoriales à travers un grand nombre de messages sur les réseaux sociaux – on peut donc dire « autoconvoqués » – et du fait que les gens se sont réunis aux stations de métro et dans d’autres lieux publics, où on chante, on délibère, on organise des activités culturelles, etc. Ce phénomène apparaît de manière spontanée. De même, rapidement, des secteurs militants saisissent ce moment et donnent une direction consciente, appelant à créer des assemblées territoriales. Pourquoi ces assemblées sont importantes du point de vue tactique ?

• Premièrement, elles sont en train de se réunir, elles s’organisent sur de nombreux territoires. J’ai déjà vu des processus d’auto-activité similaires, mais jamais avec de tels sujets débattus et encore moins d’une telle ampleur. Ces assemblées populaires doivent s’orienter vers une Assemblée constituante. C’est un mécanisme légitime pour changer la Constitution, mais cet objectif n’est évidemment pas suffisant en soi. Certains secteurs politiques parlent d’une nouvelle Constitution, d’un nouveau Parlement. Ce n’est pas de ça dont nous parlons, il s’agit d’autre chose. Nous avons ajouté l’adjectif « populaire » à l’Assemblée constituante pour affirmer qui est le souverain du processus. L’assemblée constituante peut bousculer et modifier le scénario politique. La contestation du régime permet une démocratie participative dans laquelle la classe ouvrière devient un acteur significatif et principal.

• Deuxièmement, les assemblées territoriales sont en train de former un sédiment, un tissu social qui ne va pas disparaître, même si l’intensité des mobilisations peut diminuer à un moment donné. C’est une expérience de classe commune, un apprentissage d’organisation historique, qui peut permettre le maintien d’un contre-pouvoir face au Parlement, aux institutions de l’État capitaliste, en développant d’autres valeurs dans les quartiers populaires et d’autres formes d’auto-organisation. Toutefois, j’insiste sur la possibilité que l’Assemblée constituante ait la capacité de faire bouger le scénario politique dans un sens anti-néolibéral. Une force inhabituelle conteste actuellement l’ensemble du modèle éducatif, la gestion des ressources naturelles, des retraites, des dettes financières, etc. Il faut donc une synthèse radicale de l’Assemblée constituante et d’un programme stimulant. C’est pour le moins ce qui est en train de se passer dans les territoires. Mais cela n’est pas saisi par certains secteurs politiques qui prétendent se mettre à la tête du mouvement.

Karina Nohales :

Synthèse

Ce sont des questions stratégiques. La réalité des assemblées c’est qu’elles sont sectorisées et qu’elles ont commencé devant les stations de métro, qui correspondent à des quartiers, regroupant celles et ceux qui vivent dans le même secteur. Elles ont surgi parce que des militant.es y ont participé depuis le premier jour et parce qu’elles étaient nécessaires. Les gens se sont connus dans la révolte, nous avons commencé à nous connaître, à parler et à nous poser des questions. La contestation actuelle est tellement générale que des revendications concrètes ne sont pas au centre. Les gens se sont rencontrés dans la lutte, nous avons commencé à nous connaître entre nous, à parler et à nous poser des questions. Le défi actuel est tel qu’aucune demande concrète n’est formulée. Les gens ont lutté en essayant de comprendre contre quoi nous nous battons et comment nous pouvons imaginer ce que nous voulons. Ça paraît très simple, mais pour moi c’est déjà un moment constituant, pas dans le sens de changer la Constitution. La classe ouvrière est en train de se constituer elle-même dans ce processus. Il est difficile d’avoir une image générale du pays, en termes d’assemblées, de manifestations et de répression parce que la situation est agitée et qu’aucune organisation n’a la capacité d’en saisir la totalité. Il s’agit d’une explosion en marge des organisations classiques.

La CF8M et le Mouvement pour l’eau et les territoires ont impulsé l’existence de ces assemblées. Elles ont été créées pour assurer l’approvisionnement face à la fermeture des commerces, pour assurer la sécurité face à la répression et aux pillages, et soutenir la mobilisation. Les revendications sont que les militaires s’en aillent, que Piñera et le ministre de l’Intérieur démissionnent et la perspective d’une Assemblée constituante. Rien de tout ça n’est totalement spontané, mais c’est impossible de savoir vraiment quelles sont les expériences antérieures d’organisation, de propagande et de mobilisation qui ont été significatives. Ce qui est sûr, c’est que pendant 30 ans il y avait des secteurs du peuple organisés, qui luttaient, parfois dans une grande solitude. Le mouvement No+AFP est facile à détecter, parce qu’il a été massif et très récent. Le 8 mars dernier aussi. Les assemblées constituantes cherchent à créer une nouvelle Constitution, et toute Constitution aborde le problème de la création du pouvoir politique. C’est important au Chili, car la Constitution de Pinochet est explicite quant à son objectif. Ce qu’elle a établi, c’est de ne pas revenir au cadre institutionnel qui existait avant, car retourner à la situation antérieure, c’est rouvrir le chemin institutionnel des partis ouvriers qui a donné l’Unité populaire. Mais, plus que la Constitution de 1980, le moment constituant du Chili actuel est le coup d’État de 1973. Débattre de la question de la constituante n’est donc pas une option facile pour la bourgeoisie, parce qu’elle craint la participation politique de ses antagonistes. Un moment irrévocable commence, où il n’est plus possible d’ignorer et d’omettre les problèmes politiques de la classe ouvrière. Ces jours-ci, la peur est passée de l’autre côté.

Au niveau institutionnel, une nouvelle Constitution est un problème central. Il n’y a pas de doute qu’il faille la changer, mais il est important de ne pas faire de la nécessité d’une nouvelle Constitution le problème fondamental, comme le proposent de nombreux secteurs, car cela permet d’esquiver la perspective anticapitaliste. Ce qui s’exprime au Chili, c’est la lutte des classes, qui existait aussi avant la Constitution de Pinochet. Les problèmes posés ne commencent ni ne se terminent dans une Constitution. Il faut faire attention à la manière dont se pose l’Assemblée constituante. D’un côté, elle peut clore un moment politique, garantir des droits, mais je ne le présenterai pas comme le fondement déterminant la situation actuelle.

Javier Zuñiga : Je suis d’accord avec ça. Avant 1973, il n’y avait pas un pays meilleur qu’aujourd’hui. Ce débat n’est pas approprié, d’ailleurs. Dans Unité sociale, le thème de la Constituante apparaît, mais ne nous interpelle pas, cela n’apparaît pas comme un débat qui organise la politique. L’urgence du moment, la question la plus pertinente est celle de comment nous allons nous mobiliser. Avant cette conjoncture, dans nos organisations socio-environnementales par exemple, l’Assemblée constituante n’était pas notre thème, c’était plutôt comment préserver nos droits socio-environnementaux face au pillage des entreprises. Les conflits existants nous orientaient, en fonction de la lutte des classes, pour contribuer à ce que la classe ouvrière s’organise elle-même pour se préserver. La Constituante, en ce sens, comporte le risque d’une compréhension très formelle de la politique : « nous changeons la Constitution et donc nous changeons le pays ». Cette conjoncture ouvre une possibilité unique : l’opportunité que la classe ouvrière assume la responsabilité d’un processus constituant politiquement réussi. Mais en même temps, les classes sociales sont organisées de manière antagonique, alors aborder l’Assemblée constituante comme si ce n’était pas la lutte de classes me paraît être une erreur. Nous – les secteurs anticapitalistes, féministes et écosocialistes – voulons au moins avertir, dans ce contexte, qu’il s’agit de la lutte des classes et non de débats formels et abstraits sur les meilleures façons de changer la Constitution.

Karina Nohales : Il y a des secteurs de l’ex-Concertacion et de la droite qui se sont ouverts à la nécessité d’une nouvelle Constitution, mais ne veulent pas d’Assemblée constituante. Cela devient une question plus large et plus transversale.

Alex G. : Quels sont les défis pour la gauche anticapitaliste, féministe et écosocialiste ?

Karina Nohales :En ce moment, je pense que l’enjeu pour la classe ouvrière – qui est entrée dans l’action dans un contexte où elle n’a pas de partis et sa force organique est faible – est d’avoir une activité politique ascendante. Depuis plus ou moins 2005 elle le fait. Ce sera plus difficile si nous ne nous préparons pas de manière organisationnelle, avec une orientation qui ne peut pas continuer à être sectorielle : renforcer le mouvement syndical, féministe, pour les retraites et socio-environnemental ne suffit plus. Il faut une perspective générale parce qu’une situation de contestation a commencé. Il faut qu’il y ait un récit propre de ce qui se passe et il doit être recueilli par les organisations politiques de gauche, qui doivent aussi se renforcer. Sinon, il sera difficile de construire une alternative.

Javier Zuñiga : Ce moment historique permet aux organisations déjà existantes de se lancer à l’eau pour saisir les nouvelles dynamiques historiques qui organisent la politique. Ce n’est pas une question de mauvaise volonté, mais les organisations plus petites ne sont pas capables de réagir et de se déployer de manière pertinente dans cette situation. Le Frente amplio non plus, malgré le fait que c’est une organisation de plusieurs courants. Mais jusqu’à maintenant, dans FA prévalait une disposition à la politique électorale et intra-institutionnelle, et il n’a pas été capable de se situer de manière efficiente dans le scénario actuel. Ma question est donc : comment les organisations pourront-elles se transformer elles-mêmes afin de s’ancrer dans les nouveaux ressorts politiques qui commencent à s’ouvrir ?

Ce que nous pouvons au moins faire, c’est reformuler nos organisations, construire de nouveaux réseaux pour nous insérer, pour faire partie des processus de politisation populaire qui émergent. Je parie sur l’unification des organisations de gauche et de celles qui vont surgir à partir de maintenant. Nous devons prêter attention à ces dynamiques et contribuer à développer des perspectives anticapitalistes, féministes et écosocialistes en leur sein, en y ajoutant la recomposition des organisations politiques, et en saisissant les nouvelles formes de politisation. Nous sommes très occupés et avons peu de temps, mais nous ne pouvons perdre de vue qu’il faut réfléchir dès maintenant à de nouvelles formes d’organisation.

Propos recueillis le 28 octobre 2019

* Karina Nohales est militante de la Coordination féministe du 8M. Javier Zuñiga milite dans le Mouvement pour l’eau et les territoires. Les deux participent à l’Unité sociale, un front large qui a appelé à la grève générale et considère être l’acteur légitimé par le mouvement. Alex G., qui a réalisé et traduit cet entretien, est militant du Nouveau parti anticapitaliste (NPA, France) et membre de la Quatrième Internationale.

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