Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 641 juillet 2017

BRÉSIL

Sur la nature de la crise brésilienne et les issues, du point de vue des socialistes

Cf. aussi : [Brésil]

Ana C. Carvalhaes et José Correa Leite*

Le Brésil connaît une crise politique, économique et sociale, en raison de l’instabilité politique et des affaires de corruption qui se succèdent. Essai d’analyse de la période.

« Toi qui chemines, le chemin c’est la trace de tes pas et rien d’autre :

Toi qui chemines, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en avançant… »

Antonio Machado, Proverbios y cantares XXIX, Campos de Castilla

Le propos de ce texte n’est pas de détailler l’ahurissante conjoncture nationale. Il ne développera pas les conséquences de la non-cassation du ticket Dilma-Temer (1) au Tribunal électoral suprême (TSE) – il y avait aujourd’hui une manifestation avec dépôt de gerbes funéraires pas loin du siège de cette institution à Brasilia –, ni les conséquences du « retenez-moi ou je pars » du PSB (2), ni les perspectives d’élargissement de la campagne des Diretas Já (3), ni l’organisation de la deuxième grève générale (4), en deux mois, contre les contre-réformes ultralibérales du capital pour le Brésil (5), qui se succèdent à toute vitesse dans un Congrès national de plus en plus discrédité.

Il s’agit de tenter une approche de ce que signifie l’actuelle crise brésilienne en un sens plus vaste, plus divers (dans ses dimensions économique, sociale et politique) et aussi plus long en termes de durée – la crise que nous vivons depuis le début de la campagne à travers laquelle la bourgeoisie a fait son unité pour renverser Dilma Rousseff par le biais de l’impeachment (6) jusqu’à ces jours-ci. C’est donc un essai pour analyser la période.

Synthèse et articles Inprecor

Une crise historique

Notre hypothèse est que nous sommes en train de traverser, depuis le début de 2015, une crise politique d’une telle profondeur que, si on lui ajoute les graves crises économique et sociale, elle est comparable aux crises de 1929-1930 et de 1984.

Dans le cas de 1929-1930, la crise a conduit à un changement de bloc de pouvoir hégémonique dans le pays, c’est-à-dire au remplacement du secteur oligarchique qui dominait jusqu’alors par un autre secteur, d’une bourgeoisie naissante. S’est alors ouvert, avec le mouvement de 1930, un vide durable d’hégémonie, Getúlio Vargas (7) s’est consolidé à partir de la révolte pauliste (8) de 1932 et a formulé un autre projet pour le Brésil, en s’appuyant sur le « tenentisme » (9) ; un projet de développement national basé sur l’industrie, sur la création d’une classe travailleuse salariée urbaine avec un certain type de droits, sur un régime bonapartiste jusqu’à 1937 et fascisant à partir de là, en dépit de la poursuite de bribes de concessions aux dépossédés.

Dans le deuxième cas, en 1984, après trois années de grande récession, la fin du « miracle brésilien », avec un tiers du peuple dans les rues lors de la campagne des Diretas Já (10), le régime militaire a été remplacé, en passant par une élection indirecte au Collège électoral, par Tancredo Neves (11) et, suite à la mort de ce dernier, par Sarney (12), l’un et l’autre très liés aux militaires, mais tout de même des civils. Tout cela sans que soit détruit réellement l’appareil répressif du régime militaire.

Il ne nous semble pas qu’il y ait aujourd’hui un horizon de changement du bloc au pouvoir mais, rappelons-le, il n’y en avait pas non plus juste avant 1929-1930.

Certains économistes affirment, peut-être pour justifier la nécessité des réformes qu’ils défendent, que la crise actuelle est plus grave que les précédentes – ce qui nous paraît excessif, au moins en comparaison avec celle de 1930, résultat du krach de la Bourse de New York et de la récession mondiale qui avait débuté cette année-là.

Nous en sommes à la troisième année de récession et à une paralysie complète du système politique – ce qui montre à l’évidence à des secteurs bourgeois que le régime (terme utilisé ici comme synonyme de système politique, c’est-à-dire cette combinaison donnée d’institutions utilisées pour la domination de classe) est devenu pour eux dysfonctionnel. Une bourgeoisie à la dimension et aux intérêts (entendons : aux affaires) globaux comme la nôtre ne peut coexister avec tant d’instabilité et d’incertitudes sur l’avenir pendant une durée si longue, du fait que la crise politique approfondit la crise économique et nuit aussi bien à l’extraction directe de la plus-value qu’aux bénéfices de rentiers au sein du système financier.

Ce qu’est l’opération Lava Jato et le rôle qu’elle joue

L’opération Lava Jato (13) est partie d’une enquête sur du blanchiment d’argent par des stations d’essence aux alentours de Curitiba. Cela aurait pu être à Manaus, à Porto Alegre, à São Paulo, à Recife. Le secteur de la distribution de combustibles dans notre pays est grassement pourvu en mafias. C’est par le biais de cette enquête que la cellule spécialisée du Ministère public fédéral à Curitiba est arrivée au trafiquant de devises Alberto Youssef et à partir de lui au directeur de la Petrobras (14) Paulo Roberto Costa – qui allait donner le point de départ à la série de dénonciations du scandale de la Petrobras et du Parti des travailleurs (PT).

Ainsi, dans le contexte de 12 à 13 années de gouvernements de collaboration de classes avec à leur tête le PT, avec les dégâts qu’ils ont causés en particulier parmi des secteurs de la classe moyenne mais plus fondamentalement avec les signes, apparus au début de 2015, que Dilma n’arriverait plus à remplir son rôle d’endiguement des mouvements sociaux ni celui d’appliquer l’agenda néolibéral, rôles qu’elle avait remplis jusqu’alors, l’opération Lava Jato devient un élément clé du grand scénario écrit par les élites pour chasser Rousseff et le PT du gouvernement.

En se servant des preuves évidentes de corruption du PT – et du PP (15) et du PMDB (16) et d’autres – dans l’affaire Petrobras, des secteurs fondamentaux du capital ont profité de Lava Jato pour déchaîner un mouvement dans les rues et dans les institutions qui a ourdi et mis à exécution le coup d’État institutionnel d’avril 2016. Ce ne sont pas seulement les procureurs et le juge de Curitiba, ni seulement les députés du Congrès vendu aux corrupteurs, ni seulement Temer, ni seulement les médias, ni seulement les magistrats des tribunaux suprêmes. Tous ces agents ont eu un rôle fondamental dans la trame, mais sans Lava Jato le coup d’État ne serait pas arrivé.

Le fait que le coup d’État de 2016 n’ait pas été un coup d’État fasciste, avec la destruction physique de l’avant-garde militante et la destruction complète des institutions représentatives démocratiques-bourgeoises (encore que celles-ci soient au Brésil profondément antidémocratiques, parce qu’oligarchiques et ségrégationnistes), le fait que le coup d’État n’ait pas été bonapartiste, autrement dit qu’il n’ait pas suspendu l’ordre institutionnel en vigueur ni tenté de détruire directement et immédiatement au plan politique son opposition de classe (encore qu’il le tente maintenant avec la réforme politique), ne signifient pas qu’il n’y a pas eu de coup d’État et que ce n'est pas fondamental.

L’enjeu du conflit chez « ceux d’en haut »

Chaque phase de contraction du cycle économique est pour le capital une phase de conflit féroce pour les marchés et les capitaux. Avec la globalisation néolibérale, le conflit en vient à impliquer principalement les entreprises transnationales, et bien sûr aussi les multinationales brésiliennes, les « vertes et jaunes » (17). Mais la nouveauté, l’élément clé du cadre actuel, qui aggrave la crise et les divisions au sein même de la bourgeoisie, c'est la crise politique qui fait rage.

Le diagnostic que les petistes (18) font de la situation actuelle est qu’il y a un conflit entre la « bourgeoisie nationale » et le « grand capital financier globalisé ». Cela peut ressembler à la vérité mais ce n’en est pas une, parce que la bourgeoisie brésilienne est passablement globalisée, comme les actionnaires de Petrobras, comme Vale (19), comme les géants du BTP, JBS (20) et les banques le prouvent ; il n’y a qu’une seule grande banque étrangère sur le marché brésilien des banques de dépôt : Santander (21). Il y a des secteurs du capital financier qui dépendent beaucoup plus directement de l’action de l’État, certes, mais il est très vraisemblable que ce qui se trouve en jeu, ce soit la forme par laquelle l’État traite les « affaires économiques ».

Synthèse et articles Inprecor

Nous parions sur l’hypothèse qu’un secteur de l’appareil d’État autonomisé, représenté par une fraction de la Police fédérale, par le Ministère public de l’État du Paraná et le juge Moro, essaie actuellement de « nettoyer » le personnel politique formé dans la vieille école patrimoniale – pour employer le langage et l’analyse que des patrons utilisent. Ce secteur veut « moraliser l’environnement des affaires » au Brésil. Et il le fait en frappant d’autres secteurs du monde des affaires – tous largement bénéficiaires des années de lulopetisme (22). Il est disposé à couper la tête à ses frères de classe. Il s’agit en ce sens d’un conflit pour la « modernisation » de l’État.

Il convient de rappeler qu’une des grandes interprétations de la formation de la nation, la plus enseignée dans la formation de ses cadres par le pouvoir judiciaire n’est autre que celle de Os donos do poder (Les maîtres du pouvoir), ouvrage de Raymundo Faoro – un juriste, ce n’est pas un hasard. Il s’agit d’une vision libérale classique et en ce sens il ne s’agit pas de démocratiser le pouvoir, mais de mettre en place des règles plus strictes et « républicaines » (anti-oligarchiques) pour que le pouvoir traite sa relation avec le capital.

L’apprenti sorcier

Les batteries de la Police fédérale, du Ministère public du Paraná et du juge Moro ont orienté leur tir, avec le soutien d’une large majorité de la bourgeoisie et de larges secteurs populaires (les verts et jaunes) (23) mobilisés par les grands médias, prioritairement contre Dilma, le PT et Lula pour consacrer le coup d’État. Mais, contradictoirement – car la nature, la société et la philosophie sont contradictoires – à partir du moment où ces batteries ont été mises en action, avec le mécanisme juridique inédit dans notre pays des « delações premiadas » (24), l’opération Java Lato a échappé au contrôle des directions des représentants politiques de la bourgeoisie et même à l’orientation du pouvoir judiciaire.

L’opération qui a si bien servi au coup d’État a outrepassé les limites du système réellement existant, rendant impossible aux anciens sommets du régime (président, dirigeants des groupes parlementaires, tribunaux suprêmes) de conserver le contrôle absolu sur les cibles et l’extension du processus. C’est cette origine réactionnaire et cette évolution contradictoire que beaucoup de camarades de la gauche socialiste ont du mal à comprendre en termes marxistes. Au bout du compte il y a une forte tentation de comprendre les faits de manière linéaire. Il y a une forte pression pour élaborer à partir de concepts complètement antimarxistes comme celui de « caste politique », repris de la direction majoritaire hétérodoxe de Podemos, et qui ne signifie rien du point de vue de la relation objective entre les classes sociales réellement existantes.

Nous affirmons que l’opération Lava Jato prend, sous le gouvernement Temer, une tournure décisive pour la crise de ceux d’en haut, et qu’elle ouvre des brèches pour que ceux d’en bas gagnent du temps permettant de reconstituer leurs forces dans la lutte contre l’agenda du capital. Et oui, il est positif que ce procès expose avec force détails sordides les entrailles du système politique de financement privé des campagnes, des relations de promiscuité entre les grandes entreprises, les partis, les représentants politiques et des membres des polices et du pouvoir judiciaire. Mais rien de tout cela, à nos yeux, ne signifie que sur le terrain programmatique le PSOL, et encore moins les socialistes révolutionnaires doivent jouer à ce jeu, et se mettre à applaudir l’opération et ses enquêtes pour un tas de raisons.

De la fin 2014 à la fin 2016, Lava Jato a été fondamentalement une opération orientée contre le PT. Il y avait du matériel, des dénonciations et des preuves pour mettre en cause le PSDB (25), le DEM (26) et tout particulièrement le parti-symbole du système politique de la Nouvelle République : le PMDB de Temer. Si cela n’a pas été fait, c’est que la décision en a été prise. Inspirés par l’opération Mains propres en Italie (27), les jeunes procureurs de Curitiba ont pris la décision consciente de regarder du côté du PT et aussi, pour donner le change, du côté du PP. Pendant cette période, chanter les louanges du procès comme politique signifiait se rapprocher dangereusement de la droite anti-corruption et anti-classes. C’est ce qu’ont fait les camarades du MES et la camarade Luciana Genro (28) lors de leur campagne pour l’élection municipale de Porto Alegre en 2016, en décidant d’en rabattre sur le programme du parti et le leur pour tenter de gagner des secteurs « verts et jaunes ».

C’était une erreur de soutenir Lava Jato pas seulement parce que l’opération était sélective – et la sélectivité sur le terrain juridique veut déjà dire beaucoup. Mais aussi parce que, en ce qui concerne la politique révolutionnaire, cela incite celui qui l’écoute à développer des illusions sur le pouvoir judiciaire bourgeois censé résoudre des questions que seule la mobilisation indépendante des exploités et des opprimés est capable de résoudre. Et plus encore, parce que, dans un pays polarisé, avec une droite fasciste-punitive en particulier, il fallait et il faut mettre en question le recours à la solution de la punition à tout prix. Ce n’est pas que les corrompus ne méritent pas la punition et la prison. Le problème est que la solution facile de la prison pour les corrompus oubliait et oublie le débat, qu’on ne doit pas remettre à plus tard, sur les 622 000 Brésiliens incarcérés, tous pauvres, presque tous « noirs à force d’être pauvres » (29). Selon nous, il aurait été correct de dénoncer le coup d’État, de démontrer le caractère sélectif et pro-coup d’État de Lava Jato, de dénoncer la corruption du PT comme conséquence du projet politico-social de ce parti, cela aurait été correct de se tenir à l’écart de la solution punitiviste facile.

Pourquoi Joesley Batista/JBS a balancé Temer et aggravé la crise politique

Après avoir causé des dommages historiques sur les non moins historiques affaires et profits que géants multinationaux du BTP ont réalisés avec l’État brésilien, Lava Jato s’est installé, il y a quelques mois, dans les affaires de l’ère Lula-Dilma entre la BNDES (30) et les prétendus « champions nationaux » – expression par laquelle les économistes keynésiens désignent les secteurs patronaux que les gouvernements doivent, à leur avis, choisir pour les aider en leur donnant un large accès au crédit pour contribuer au « développement national ».

Luciano Coutinho, qui a été président de la BNDES pendant 9 ans sous les gouvernements Lula et Dilma, a appliqué manu militari cette politique. Les grandes entreprises du BTP, toutes impliquées dans Lava Jato, ont reçu 40 milliards de reais (31) de la BNDES pour se transnationaliser entre 2006 et 2013 (elles opèrent dans toute l’Amérique latine et certains pays d’Afrique) ; JBS, Marfrig (32), Bertin (33) et BRF (34), dans le secteur des viandes, ont reçu 14 milliards de reais ; Fibria (35), Oi (36), LBR (37), des produits laitiers, et EBX (38) de Eike Batista (39) ont aussi bénéficié de prêts conséquents et d’apports de capital. C’est une erreur de penser que seul le lulopetisme a agi de cette manière. Le secteur financier avait déjà été assaini et capitalisé sous le gouvernement FHC (40), entre 1995 et 2001, par le Proer (41) ; et le secteur financier brésilien est presque intégralement national (privé et d’État, concentré dans Bradesco, Itaú, BB et Caixa).

L’heure était arrivée pour Lava Jato de gâcher la fête de la « superchampionne » globalisée, la branche industrielle de la viande. Lava Jato commençait déjà à manœuvrer pour l’encerclement de JBS et de ses financements, en même temps qu’elle promettait, et tenait sa promesse, de resserrer l’étau autour de Lula. Les frères Batista — dont déjà 90 % des entreprises avaient été installées hors du Brésil —, en accord avec les sommets du PT, ont décidé de se venger du nouveau gouvernement et d’aider à faire tomber Temer (tout en gagnant un peu d’argent sur le marché des changes).

Les conséquences du procès en cours

Le personnel politique établi des partis actuels (ce qui est différent de la bourgeoisie : ils en sont la représentation politique constituée, avec une certaine autonomie vis-à-vis d’elle, comme le personnel du pouvoir judiciaire) va tout faire pour que cette crise finisse en partage du gâteau. En d’autres termes, qu’elle se dénoue en préservant les règles du jeu actuelles, ou avec des règles du jeu encore plus antidémocratiques.

Mais au moins une partie du pouvoir judiciaire ne va pas revenir en arrière sur le « grand nettoyage antipatrimonialiste » et le conflit peut se prolonger. Il aboutira certainement au STF (42) (Carmen Lucia a déjà défendu le projet d’un plébiscite ou un référendum pour une réforme politique). Cela ne résout pas la crise économique, mais cela peut mettre à bas la Nouvelle République (43) en tant que régime, autour duquel convergeaient le PSDB comme le PT, en plus de tous les partis « physiologiques » (44).

Ce conflit a déjà abouti à une conclusion importante pour le camp populaire en interdisant les dons des entreprises aux campagnes électorales, une revendication démocratique importante. Aux États-Unis, la Cour suprême a légalisé le déplafonnement des dons des entreprises aux campagnes électorales, renforçant leur caractère de show médiatique de gangs bourgeois. On peut aussi se contenter de constater que la bourgeoisie n’arrive plus à gouverner comme avant la crise, d’un côté, qu’elle n’a pas de projet clair, à part d’augmenter l’exploitation, de l’autre, et qu’enfin la lutte est encore ouverte pour les parts du gâteau.

Quelle est la nature de cette crise et quel type d’issue il convient de proposer

Les deux questions sont liées, car de la lecture et de la compréhension plus ou moins profonde de ce que nous vivons découle la réponse à la deuxième.

La crise brésilienne de cette période a toutes les caractéristiques d’une « crise nationale » au sens que Lénine a donné à ce terme. Nous insistons : nous parlons de la crise qui a commencé quand la majorité du capital a décidé de changer le projet lulopetiste pour l’impeachment, qu’elle a soutenu les masses dans la rue pour le coup d’État, qu’elle l’a mis en œuvre, qu’elle a catapulté Temer au pouvoir, qu’elle a donné un coup d’accélérateur à l’agenda ultralibéral et ne s’est pas seulement heurtée à l’impopularité et à la résistance populaire à son agenda, mais elle a aussi commencé à goûter son propre poison par le biais de Lava Jato.

Une crise nationale est une crise politique de la domination, une crise de l’ensemble des rapports sociaux. Ce n’est pas un hasard si explosent, en parallèle à la crise du budget de l’Union, les faillites des États, les révoltes barbares dans les lieux de détention (45) et les non moins barbares réactions répressives de l’État punitiviste contre les révoltés — mettant en pleine lumière la manière brutale dont est traitée une partie « cachée » de la société ségréguée. Pas non plus un hasard, le renforcement des milices, des groupements du crime organisé, des territoires « libres » pour le trafic.

Ce n’est pas un hasard si, avec 14 millions de chômeurs, avec des prestations sociales coupées par l’ajustement fiscal et des états en faillite, les chiffres de la violence urbaine explosent et qu’avec cela croissent les massacres de la jeunesse noire et la popularité de solutions fascistes. Ce n’est pas un hasard si se multiplient les dénonciations de violences contre les femmes. Dans une crise nationale comme celle que nous vivons, la manière dont les classes entrent en rapport doit être redéfinie en profondeur, et pas superficiellement. C’est cela le sens du fait que la bourgeoisie brésilienne a congédié le lulisme et en est venue à soutenir un ultralibéralisme, en s’alignant sur ce qui a lieu sur la scène internationale.

« Dysfonctionnement » du système politique

Faisant partie de ce cadre général de crise nationale, la crise du système politique de la Nouvelle République est assez profonde. Ce système ne fonctionne plus comme avant, il bégaie, dérape et cette combinaison historiquement déterminée d’institutions oligarchiques-républicaines qui a donné corps à la domination de la bourgeoisie au Brésil depuis 1985 et plus formellement depuis la Constitution de 1988 crée des problèmes à ses parrains. Ce système ou régime a été basé sur un présidentialisme de coalition (où jamais un parti ne peut gouverner seul), soutenu par un Congrès toujours très divers (33 sigles de partis, le plus grand nombre du monde occidental !), où a régné, comme le disait le vieux Plínio (46), la loi du « prends ici, donne là » (amendements parlementaires, achat de votes, postes contre des votes, etc.), ou, selon les paroles d’un baron du bas clergé (47), « c’est donnant-donnant », tous élus dans des campagnes électorales copieusement financées par le capital privé. Système dans lequel a toujours joué un rôle central un « parti » qui n’a jamais été un parti mais plutôt une réunion de caciques des organisations régionales, appelé PMDB, ce qui a conduit le politiste Marcos Nobre à parler de régime « pemedebiste ».

Synthèse et articles Inprecor

La fin du financement privé des campagnes est un problème grave pour les règles du jeu de la vieille Nouvelle République. Le rejet populaire croissant des hommes politiques, des partis traditionnels et de la politique institutionnelle est un symptôme de crise. C’est un problème majuscule que ses entrailles de combines crapuleuses et d’enrichissements illicites se trouvent exposées au grand jour depuis deux ans, qu’un pourcentage très élevé des élus soient accusés ou cités dans les dénonciations de Lava Jato. C’est aussi un problème grave pour son fonctionnement que le rôle toujours plus autonome et parfois un rôle de protagoniste, que joue le pouvoir judiciaire, face à la perte de prestige et à l’inaction des exécutifs et du Congrès. C’est un élément presque mortel pour le régime que, pendant que ses institutions s’acharnent à chercher des issues formalistes pour succéder à Temer et que celui-ci s’acharne à rester, 95 % de la population veut des élections directes.

Crise nationale vs crise révolutionnaire

Une crise nationale, rappelons-le, n’est pas une « crise révolutionnaire ». Le concept le plus connu de celle-ci, développé par Lénine dans la Faillite de la Deuxième Internationale, est le suivant :

« 1) Impossibilité pour les classes dominantes de maintenir leur domination sous une forme inchangée (…) 2) Aggravation, plus qu’à l’ordinaire, de la misère et de la détresse des classes opprimées. 3) Accentuation marquée, pour les raisons indiquées plus haut, de l’activité des masses (…), vers une action historique indépendante. »

Il est évident que le troisième élément n’existe pas au Brésil, du moins jusqu’à maintenant.

Souvenons-nous de quelques exemples plus ou moins proches de crise révolutionnaire : lors du Caracazo vénézuélien (1989) il s’est produit une crise révolutionnaire, qui a ouvert une situation révolutionnaire, parce que l’insurrection des quartiers pauvres des villes du Venezuela pendant quelques jours a été soudaine et spontanée. Sous le gouvernement de Siles Suazo, la Bolivie (1982-1985) a connu plusieurs crises révolutionnaires consécutives. Le rapport des forces est en général très favorable aux exploités et aux opprimés, et en général (ce ne fut pas le cas du Caracazo spontané), ils sont organisés dans leurs propres institutions indépendantes. En général, presque toujours, il se crée pendant quelques jours une vacance du pouvoir.

Pour le marxisme, il ne s’ouvre pas de situation prérévolutionnaire ou révolutionnaire, ni de crise révolutionnaire sous l’action et la volonté d’autres secteurs sociaux que les classes travailleuses et leurs alliés dépossédés à l’offensive et organisés de manière indépendante. Aucun fait ne permet de soutenir la thèse d’une situation prérévolutionnaire ouverte par Lava Jato (48).

C’est pourquoi le nœud gordien de la crise brésilienne est la disproportion entre la profondeur de la crise de ceux d’en haut et la relative — relative au regard de la dimension de la crise de ceux d’en haut — fragilité de l’offensive et de l’organisation de ceux d’en bas. La reprise des luttes de mars jusqu’à maintenant est extraordinaire, la grande grève générale du 28 avril a été une victoire retentissante, nous devons travailler à fond pour le succès de la grève du 30 juin et de nouvelles mobilisations et actions publiques de masse contre les réformes. La vitesse de la reprise peut s’accélérer de manière exponentielle et la situation peut vraiment se tendre, de par l’offensive de ceux d’en bas. Mais il faut partir du fait que le rapport de forces, après la défaite qu’a signifié le coup d’État du 17 avril 2016 (encore faut-il admettre qu’il y a eu un coup d’État), n’a commencé à changer que très récemment, et que le mouvement des masses brésilien a encore sur le dos le poids des bureaucraties syndicales de droite (principalement Força Sindical), lulopetistes (CUT, MST) et du PCdoB (UNE, CTB) (49). Et on va avoir besoin de beaucoup, beaucoup plus de force et de combativité pour mettre à bas les réformes.

Distinguer le politique du social

Il y a autour de nous, dans le mouvement social et dans le PSOL, beaucoup de courants et de camarades inorganisés, formés lors de la défaite du petisme, qui confondent la politique avec le syndicalisme ou le « mouvementisme ». Ils croient honnêtement (au moins les plus jeunes) que des mots d’ordre tels que « grève générale de 48 heures » ou « construire les conseils ouvriers » – comme le PSTU (50) – sont des issues politiques. Comme si ces mots étaient plus radicaux que des projets démocratiques visant le régime. Pour eux, indiquer une solution sur le terrain de la solution institutionnelle c’est de l’institutionnalisme, de l’électoralisme. Une complète négation de la tradition de la méthode du programme de transition.

[Sans rien dire pour le moment de ces courants, comme le MES, la CST (51), LS (52), LRP (53), qui tout simplement n’accordent aucune importance au fait qu’il y ait eu un coup d’État, ou même nient qu’il y en ait eu un, de même qu’un tournant défavorable dans le rapport des forces en 2016, et tendent à mettre un signe d’égalité entre les gouvernements lulopetistes et l’actuel, flirtant ainsi avec la droite anticorruption.]

Sans que cela contredise le moins du monde notre soutien et notre participation aux luttes et aux grèves, nous avons besoin d’issues sur le véritable terrain de la politique radicale, de la radicalisation de la démocratie bourgeoise, à un point que la bourgeoisie de l’époque oligopolistique ne peut supporter parce qu’elle n’est pas démocrate. Et encore moins la fraction brésilienne de la bourgeoisie globale, aux origines et à la pratique esclavagiste oligarchique, foncièrement opposée à la participation populaire. Des issues fondées sur l’histoire récente, dont les travailleurs et le peuple ont le souvenir, et sur le rapport des forces réel entre les classes au Brésil.

La contribution spécifique de Lénine à la politique révolutionnaire est l’affirmation de la centralité de la lutte politique et sa distinction d’avec la lutte sociale. C’est ce qu’analyse Daniel Bensaïd : « Tout conduit donc, chez Lénine, à comprendre que la politique a sa grammaire et sa syntaxe propres. Elle est le lieu d’une élaboration, d’une apparition, d’une représentation, où il s’agit de présenter ce qui est absent » (54).

La lutte sociale exige que nous continuions à rester fermes et le mieux organisés possible dans la tranchée de la construction de la nouvelle grève générale du 30 juin. La lutte sociale exige que nous mobilisions nos catégories, les noyaux du PSOL que nous animons et notre base populaire, syndicale et étudiante, pour continuer à combattre par les grèves, les blocages et d’autres formes de mobilisation les contreréformes du capital. Rien de tout cela ne s’oppose à ce que nous ayons des mots d’ordre politiques pour répondre à la volonté des travailleurs, des jeunes, des femmes et des LGBT, qui rejettent l’hypothèse du président indirect et nous demandent chaque jour pour quel président nous voterions si l’élection directe avait lieu.

L’importance de la campagne Diretas Já

Malgré la fragilité de Temer et la division de la bourgeoisie, nous n’en sommes pas à la chute immédiate du gouvernement, et encore moins à une issue positive d’élections directes pour la présidence de la République. Il y a de très nombreux signes de tractations des représentants politiques de la bourgeoisie, qui évidemment incluent Lula comme l’un des protagonistes, autour d’un grand accord pour des élections indirectes et le remplacement de Temer par un mandat de transition d’« unité nationale ».

Est incluse dans cet accord la poursuite, même si elle n’est que partielle et retardée, de l’application des plans d’ajustement. La chute de Temer est le premier pas pour infliger une défaite aux contreréformes. Hélas, un des principaux obstacles, au sein de l’avant-garde, à l’élargissement du mouvement pour les Diretas Já, ce sont les préjugés et les compréhensions erronées chez une partie de la gauche socialiste du rôle central de ce mot d’ordre. En s’opposant frontalement à la défense des Diretas Já, le PSTU, la CST/PSOL, LS, LRP et d’autres groupes sur la même ligne prouvent leur mauvais positionnement dans cette conjoncture. N’ayant pas vu ou n’ayant pas donné l’importance à ce qui a eu lieu sur le terrain du rapport des forces entre les classes avec le coup d’État institutionnel de 2016, ces camarades continuent à mettre un signe égal entre Dilma et Temer et expriment ce qu’ils devraient exprimer si rien ne s’était passé : peu importe qui va gouverner ou qui cesse de le faire.

Ce n’est pas ce que nous pensons et ce n’est pas ce que nous disons. Pour nous il est fondamental que Temer tombe et que son successeur soit élu par le peuple. Diretas Já ! ■

19 juin 2017

* Ana Cristina Carvalhaes (journaliste, membre de l’exécutif du PSOL-RJ) et José Correa Leite (universitaire, membre du secrétariat et du Conseil international du Forum social mondial, membre du Comité international de la IVe Internationale) font partie de la direction de Insurgência, une tendance du Parti socialisme et liberté (PSOL) qui fait partie de la section brésilienne de la IVe Internationale. Cet article a d’abord été publié sur le site web d’Insurgência : http://www.insurgencia.org (Traduit du brésilien par Jean-José Mesguen).

Notes

1. Dilma Rousseff (Parti des travailleurs) et Michel Temer (PMDB) ont été élus respectivement présidente et vice-président du Brésil en 2010 et réélus en 2014. Alors que Dilma Rousseff a été destituée le 31 août 2016 par le Sénat, Michel Temer a pris sa place tout en étant condamné en 2015 à une amende de 80 000 reais pour avoir dépassé le niveau autorisé de financement des campagnes électorales de son parti en 2014, ce qui devrait le rendre inéligible. Mais le Tribunal électoral suprême a déclaré qu’il ne se prononcera sur cette question qu’en cas de candidature de Temer à un scrutin, ce qui ne l’empêchait pas de remplacer Dilma Rousseff à la présidence en tant que vice-président.

2. Le Parti socialiste brésilien est un parti de centre-gauche qui a fait partie de la coalition gouvernementale de Dilma Rousseff, aux côtés du Parti des travailleurs et du PMDB jusqu’en 2014.

3. « Des élections directes maintenant » est une campagne visant à empêcher que le président Temer soit remplacé par un simple accord entre appareils politiques, sans élection, s'il est destitué comme le mouvement exige.

4. Contre les contreréformes du gouvernement Temer, une grève générale a eu lieu le 27 avril dernier. Une deuxième grève générale est appelée pour le 30 juin.

5. Dès que Dilma Rousseff a été écartée par le début d’une procédure de destitution, le 12 mai 2016, Michel Temer, d’abord président par interim, a formé un gouvernement qui a annoncé une réduction des dépenses publiques tout en faisant voter une augmentation des salaires des membres du pouvoir exécutif, des juges et des policiers. Devenu président de plein exercice, en septembre il annonce l’augmentation de la durée du travail et de l’âge du départ à la retraite, la réduction de la « bolsa familia » (un programme destiné à lutter contre la pauvreté mis en place par le gouvernement Lula), des coupes budgétaires avec gel de l’augmentation des dépenses publiques pendant vingt ans, la privatisation des aéroports, des installations électriques et pétrolières, la suppression des « pharmacies populaires » (permettant au plus défavorisés de se procurer des médicaments à bas prix)…

6. Dilma Rousseff a d’abord été écartée de la présidence le 13 mai 2016, puis finalement destituée par un vote du Sénat le 31 août 2016, pour « maquillage des comptes publics ». Sa destitution a été « coup d'État constitutionnel ». Voir les articles dans Inprecor n° 627/628 de mai-juin 2016.

7. Getúlio Dorneles Vargas (1882-1954) a été un homme politique brésilien, chef civil du mouvement armé des États du Minas Gerais et du Rio Grande do Sul (appelé « la révolution brésilienne de 1930 »), qui renversa le président Washington Luís. Il a gouverné le Brésil de 1930 à 1934 dans le gouvernement provisoire, de 1934 à 1937 élu par le Congrès national du Brésil, de 1937 à 1945 dans le cadre autoritaire de « l’État nouveau » après un coup d’État, puis élu à la présidence de 1951 à 1954. Ses gouvernements ont institué le salaire minimum, les congés payés, la limitation de la durée du travail, l’interdiction de licencier les salariés après une durée d’emploi de 10 ans… pour ceux qui possédaient la « carte du travail ».

8. Révolte militaire qui commença en juillet 1924 à São Paulo (en train de devenir à l’époque la capitale industrielle et financière du pays) à la suite de la crise économique et déboucha sur six mois de luttes populaires.

9. Série de mouvements s’appuyant sur les lieutenants et cadres intermédiaires de l’armée, rêvant d’un développement national moderne du Brésil. Certains courants du tenentisme ont évolué vers la gauche, jusqu’au Parti communiste brésilien, d’autres vers l’autoritarisme : une partie des dictateurs militaires des années 1964 à 1985 avaient été « tenentistes » dans leur jeunesse.

10. La plus grande campagne politique de masse de l’histoire brésilienne, pour rompre avec l’élection du président par des tractations secrètes au sein du Congrès et instaurer le suffrage populaire direct.

11. Tancredo Neves (1910-1985) a été ministre de la Justice du président Vargas (1952-1954), premier ministre du président João Gulart (1961-1962), puis opposant officiel au régime militaire à la tête du Mouvement Démocratique du Brésil (devenu PMDB en 1979 lors de l’élimination du « bipartisme »). En 1984 il fut l’une des figures du mouvement Diretas Já. Élu à la présidence par le Congrès en janvier 1985, il tombe malade et meurt en avril 1985, sans être entré en fonctions.

12. José Sarney, choisi par la junte militaire pour être le vice-président de Tancredo Neves, l’a remplacé le 15 mars 1985 et a été investi président à sa mort. Il a été remplacé par Fernando Collor de Mello, premier président issu d’une élection au suffrage universel en 1990 (accusé de corruption, Collor de Mello a été obligé de céder ses fonctions en décembre 1992).

13. En français on a traduit l’expression par « opération karcher », « lavage express », etc.

14. Géant du pétrole brésilien, 1re entreprise du pays et 8e groupe pétrolier mondial, Petrobras a été un monopole d’État jusqu’en 1997. C’est une société anonyme dont l’État reste le principal actionnaire (à 32 %, avec 55 % des droits de vote).

15. Le Parti progressiste (PP) est un parti de droite, conservateur et néolibéral, qui a ses racines dans l’Alliance rénovatrice nationale (ARENA), le parti de la junte militaire entre 1965 et 1980.

16. Le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) est l’héritier du MDB, le parti de l’opposition officielle de la junte militaire. De droite, néolibéral, dirigé actuellement par Michel Temer, c’est une alliance des intérêts des caciques locaux et régionaux plus qu’un parti politique.

17. Les deux principales couleurs du drapeau national.

18. Les membres du Parti des travailleurs.

19. Géant de l’industrie minière, mais aussi opérateur clé du mégabarrage de Belo Monte qui a déplacé 40 000 personnes, et de celui de Bento Rodrigues qui a occasionné la plus grande catastrophe écologique de l’histoire du Brésil, et qui est en train de planter des centaines de milliers d’eucalyptus en Amazonie en brisant tout l’écosystème sur des surfaces considérables.

20. JBS-Friboi est la principale multinationale brésilienne de l'industrie agroalimentaire, qui représente environ un quart du marché mondial du bœuf. Elle est dirigée par les frères José Batista Junior, Joesley Batista et Wesley Batista.

21. Le Grupo Santander (banque, finances, assurances) a été le pivot de la concentration du marché espagnol depuis les années 1990. À son apogée, en 2010, elle a été classée par Forbes comme la sixième entreprise mondiale. Santander compte 188 000 salariés, 125 millions de clients et 12 235 agences à travers le monde

22. C’est la période où Luiz Inácio Lula da Silva, fondateur et dirigeant historique du Parti des travailleurs (PT), est devenu président (2003-2011), puis a fait élire Dilma Rousseff (2012-2016) à la présidence. Une période où le programme socialiste du PT sera rangé au placard et où le parti adopte la « gouvernabilité » néolibérale, semant la corruption. Voir l’article de Michael Löwy, « Le Parti des travailleurs et la “mouche bleue” du pouvoir : de Lula à Dilma », Inprecor n° 579/590 de décembre 2011 - janvier 2012.

23. La droite nationaliste, pas forcément organisée.

24. Dénonciations récompensées, permettant des réductions de peines pour ceux qui permettent de faire avancer l’enquête.

25. Le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) a été créé en 1988 par des dissidents du PMDB, dont le futur président Fernando Henrique Cardoso. C’est un parti néolibéral de droite.

26. Les Démocrates (DEM, auparavant Parti du front libéral) est un parti de droite chrétienne. Dans l’opposition sous les présidences de Lula et Rousseff, il a intégré le gouvernement Temer.

27. L’opération « Mani pulite » (Mains propres) désigne une série d'enquêtes judiciaires réalisées au début des années 1990 et visant des personnalités du monde politique et économique italien. Ces enquêtes mirent au jour un système de corruption et de financement illicite des partis politiques.

28. Le Mouvement de la gauche socialiste (MES) est un des courants à l’origine de la fondation du Parti socialisme et liberté (PSOL). Il a le statut d’observateur au Comité international de la IVe Internationale. Luciana Genro, avocate, dirigeante du MES, a été candidate du PSOL à l’élection présidentielle de 2014 (1,55 % des suffrages exprimés).

29. Citation d’une chanson de Caetano Veloso, Haiti, qui évoque une charge de police « contre des noirs, des presque blancs et des presque noirs à force d’être si pauvres ».

30. La Banque nationale de développement économique et social (BNDES) est censée contribuer au développement. Elle s’est surtout muée en outil d’influence et de géopolitique selon ses détracteurs.

31. Au cours actuel, environ 11 milliards d’euros.

32. Marfrig est une entreprise agroalimentaire, la troisième dans ce secteur au Brésil, derrière JBS et BRF.

33. Le Grupo Bertin est un conglomérat qui investit dans l’infastructure, l’énergie, l’agroalimentaire et l’hôtellerie et emploie environ 35 000 salariés.

34. BRF (auparavant Brasil Foods SA) est une multinationale alimentaire. En 2015, au Brésil seulement, BRF a traité 1,7 milliard de volailles et 10 millions de porcs et bovins.

35. Fibria est une entreprise papetière brésilienne avec une capacité de production de l’ordre de 6 millions de tonnes de pâte de papier par an.

36. Oi (initialement Telemar) est le plus grand opérateur de télécommunications au Brésil.

37. LBR-Lácteos Brasil est un géant laitier brésilien, qui a obtenu 700 millions de reais de la BNDES en 2010. En 2013 il a été mis en redressement judiciaire.

38. EBX est un groupe qui produit du minerai de fer et qui s’est élargi à d’autres secteurs, dirigé par Eike Batista.

39. Magnat brésilien, Eike Batista est considéré la huitième personne la plus riche du monde sur la liste du magazine Forbes de 2011 et l'homme le plus riche de l'Amérique du Sud avec une fortune estimée à 30 milliards de US$ ; il est à noter que d’après la même source il aurait gagné 130 places dans ce classement en six ans…

40. Fernando Henrique Cardoso, dit FHC, ancien économiste « développementiste », fondateur du PSDB en 1988. Ministre des finances de mai 1993 à mars 1994, il a été président de 1995 à 2001 et a lancé le tournant néolibéral de la politique brésilienne : il a jugulé l’inflation (mais la monnaie nationale, le real, ne représentait plus en 2002 que 25 % de sa valeur de 1994 face au dollar), privatisé un grand nombre d’entreprises publiques, augmenté le chômage (de 4,6 % en 1994 à 11,6 % en 2002) et la dette (62 % du PIB en 2002).

41. Le Programme d'encouragement à la restructuration et au renforcement du système financier national (Proer) a été lancé par le gouvernement FHC en novembre 1995 avait pour but la reprise des institutions financières qui dépendaient des profits inflationnistes (en 1993 l’inflation atteignait 6000 %) menacées de faillite, en assurant leur financement public.

42. Tribunal suprême fédéral, plus ou moins équivalent au Conseil constitutionnel.

43. On désigne communément ainsi la Sixième République, qui a succédé en 1985 à la dictature militaire.

44. On nomme ainsi au Brésil les nombreux partis qui n’existent que comme supports de distributions de charges, de prébendes et d’avantages divers, et qui changent d’alliances au gré des circonstances afin de continuer à vivre aux dépens des contribuables.

45. Par exemple celle de Manaus, l’hiver dernier, qui a permis l’évasion de 200 prisonniers, a fait plus de 60 morts, dont les victimes de règlements de comptes entre gangs qui contrôlent la prison et celles de la répression policière.

46. Plínio Arrudo Sampaio (1930-2014), a été un des intellectuels les plus respectés de la gauche socialiste d’origine chrétienne. Il a été candidat du PSOL à la présidence de la République en 2010 (0,87 % des suffrages exprimés).

47. On nomme ainsi les députés les moins connus, qui ont peu d’influence nationale mais sont souvent très puissants localement, et qui n’interviennent que sur des questions liées à leur clientèle locale.

48. À la fin du mois de mai, la direction nationale du MES, courant du PSOL, affirmait que « nous avons presque tous les éléments d’une situation prérévolutionnaire dans notre pays ».

49. Le syndicalisme brésilien est multiple. Força syndical (Force syndicale), fondée en 1991 pour créer une opposition néolibérale au syndicalisme de lutte, est dirigé par Paulo Pereira da Silva, un métrallurgiste devenu député de centre-droite. La Centrale unique des travailleurs (CUT) a été fondée par les militants du PT pour unifier le syndicalisme de lutte en 1983. C’est, malgré sa bureaucratisation, la principale force syndicale. Le Mouvement des sans-terre (MST) est une organisation paysanne brésilienne, longtemps radicale, mais ne voulant pas rompre avec le PT au gouvernement. L’Union nationale des étudiants (UNE) a mené une politique de « dialogue et pression » sous le gouvernement Lula. La Centrale des travailleurs et des travailleuses du Brésil a été fondée en 2007 notamment par des syndicalistes dissidents de la CUT.

50. Le Parti socialiste des travailleurs unifié (PSTU) a été fondé en 1994 par les militants de la tendance Convergence socialiste exclus du PT. Il fait parti de la Ligue internationale des travailleurs et se réclame de la tradition trotskiste de Nahuel Moreno. Ses militants animent la centrale syndicale combative Conlutas. Le PSTU a récemment connu une scission d’une partie de sa direction nationale qui a formé le Mouvement pour une alternative indépendante et socialiste (MAIS).

51. Le Courant socialiste des travailleurs (CST), issu d’une scission de Convergence socialiste en 1992, est une tendance du PSOL. Le CST fait partie de l’Unité internationale des travailleurs, une scission de la Lit, se réclamant également de la tradition trotskiste de Nahuel Moreno.

52. La Lutte socialiste (LS) est un courant du PSOL.

53. Liberté et révolution populaire (LRP) est un courant du PSOL.

54. Daniel Bensaïd, « Lénine, ou la politique du temps brisé », http://danielbensaid.org/Lenine-ou-la-politique-du-temps

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