Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 635-636 janvier-février 2017

ALLEMAGNE

Réunification et nouveau départ

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Angela Klein et Jakob Schäfer*

La Gauche socialiste internationaliste (isl) et la Ligue socialiste révolutionnaire (RSB) sont maintenant ensemble et s’appellent Organisation socialiste internationaliste (ISO)

Les 3 et 4 décembre 2016, après près de trois années de discussions, la Gauche socialiste internationaliste (isl) et la Ligue socialiste révolutionnaire (RSB) ont fusionné pour former l’Organisation socialiste internationaliste (ISO).

C’est au début des années 1990 que la séparation avait eu lieu et c’est seulement dans le processus engagé il y a cinq ans autour de la « Nouvelle organisation anticapitaliste » que les deux organisations se sont de nouveau rapprochées.

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La salle de la Maison de la jeunesse à Francfort était pleine : il y avait des militant et militantes blanchis sous le harnais, pas mal de visages nouveaux et des représentants d’organisations amies du pays et de l’étranger. Mais la composition de l’assistance suffisait à montrer que la question « réunification ou nouveau départ ? » – posée ainsi dans les débats – n’en était pas une. D’un côté, bon nombre de celles et ceux qui se retrouvent maintenant se connaissent depuis des années. De l’autre, celles et ceux dont l’identité politique ne s’est construite qu’après le « changement d’époque » de 1989 sont maintenant assez bien représentés, et ils et elles n’attendent plus la même chose d’une organisation politique. L’ISO veut être un nouveau départ. On ne peut pas exprimer plus clairement la volonté de sortir des sentiers battus, sur tous les plans. C’est dans la résolution sur l’identité de la nouvelle organisation que cette volonté s’exprime le plus nettement.

Ce document a été adopté par une forte majorité, de même que les fondements programmatiques, les statuts et la résolution politique qui établit les priorités de l’ISO à court terme : travail syndical et d’entreprise concentré sur l’organisation de la défense des droits des salarié-e-s contre les offensives en cours et le soutien à l’organisation des précaires ; mobilisation pour la sortie des énergies fossiles, en particulier du lignite, et la défense de la nécessité de la reconversion écosocialiste de l’économie ; mobilisation contre la montée de l’extrême droite, avec la préoccupation de contrer son influence parmi les travailleurs ; mobilisation contre l’Union européenne du point de vue de la solidarité de classe internationale. La nouvelle organisation affirme sa solidarité critique avec le parti Die Linke : dans l’année qui vient, les élections régionales en Rhénanie du nord-Westphalie et les élections au Bundestag doivent être l’occasion de développer une campagne large contre l’Alternative für Deutschland [AfD, Alternative pour l’Allemagne, extrême droite].

D’autres questions restent ouvertes, telles que la définition des défis stratégiques de notre époque. La question « Qu’est-ce qu’une politique révolutionnaire dans des temps qui ne le sont pas ? » a suscité deux textes qui n’ont pas pu être discutés de façon satisfaisante avant la conférence. Il a donc été décidé de poursuivre la discussion au cours de l’année avec l’objectif de soumettre une résolution au vote de la prochaine conférence nationale.

Alors, certains nous interrogent : « et c’est pour en arriver là qu’il vous a fallu autant de temps ? ». D’autres disent : « on va voir si ça tient… ». Là-dessus, peut-être deux remarques :

• Vingt ans de séparation c’est très long. Les deux organisations d’origine ont pris des chemins très différents, elles ont connu une évolution qui l’a été tout autant. Une phase de « réchauffement » a donc été absolument indispensable pour recréer les bases d’une confiance mutuelle.

• Il n’y avait aucune pression extérieure de la lutte des classes qui poussait à cette unification ni à un rapprochement des forces de la gauche anticapitaliste et révolutionnaire, rien de comparable par exemple à ce qu’on a connu au moment de la fondation de la Wahlalternative Soziale Gerechtigkeit (WASG, Alternative électorale pour la justice sociale) dans la foulée du mouvement d’opposition aux lois Hartz, puis à sa fusion avec le Parti du socialisme démocratique (PDS) pour former Die Linke. Même le VSP (1), dont l’isl et le RSB sont issus, était une réaction au « dégel » gorbatchévien à Moscou et une première réponse programmatique à la période poststalinienne, qui commençait dans tous les pays de ce que l’on appelait le bloc de l’est. En 1986, le VSP était la seule organisation qui ait réussi cette épreuve, mais quelques années plus tard, lors du « tournant », elle est passée sous le rouleau compresseur de la restauration qui a fait subir une fin rapide, particulièrement en RDA, au soulèvement contre la dictature bureaucratique.

Aujourd’hui il n’y a aucune impulsion extérieure comparable. Au contraire même, la montée de l’extrême droite impose à la gauche une pression de plus en plus importante, et la tendance principale reste à l’éclatement.

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L’unification résulte uniquement de ce que nous sommes convaincus, à juste titre, même si cela reste abstrait, que la gauche radicale doit surmonter son éclatement si elle veut pouvoir agir efficacement. La proximité programmatique des deux organisations d’origine a beaucoup facilité le dépassement de ce qui les sépare. À charge pour l’ISO de faire la preuve de sa capacité à apporter des réponses idéologiques et pratiques à la hauteur de ce qui s’impose aujourd’hui.

À Francfort, les participants étaient fermement décidés à prendre cette tâche à bras-le-corps. C’est ainsi que la nouvelle organisation va devoir jusqu’à un certain point se réinventer – c’est là qu’est la difficulté, mais c’est aussi pour elle une opportunité. ■

* Cet article d’Angela Klein (ex-isl) et Jakob Schäfer (ex-RSB) est paru dans le numéro de janvier 2017 de Sozialistische Zeitung (SoZ), mensuel indépendant vendu à plus de 1 000 exemplaires dont la rédaction compte plusieurs membres de la nouvelle organisation et dont la responsable éditoriale est Angela Klein. (Traduction de l’allemand et notes de Pierre Vandevoorde).

Notes

1. Fondé en 1986, le Vereinigte Sozialistische Partei (VSP, Parti socialiste unifié) est le produit de la fusion du Gruppe Internationale Marxisten (GIM), section de la IVe Internationale, avec le Kommunistische Partei Deutschlands/Marxisten-Leninisten post-maoïste, qui comptait bon nombre de militant-e-s ouvriers. La volonté partagée de constituer un pôle plus crédible après le grand mouvement de grèves pour les 35h de 1984 avait joué un rôle déterminant dans la volonté de s’unifier. Très vite, la fin de cette dynamique de luttes, la démoralisation de bien des militant-e-s issues d’une organisation caporalisée qui ne supportaient plus aucune discipline, ont pesé lourd, et le VSP est allé de crise en crise.

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