Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 642-643 août-septembre 2017

1917-2017

Être révolutionnaire cent ans après la révolution russe

Cf. aussi : [Révolution Russe] [Quatrième Internationale]

Julia Cámara*

Il y a quelques jours, en préparant ce meeting d’ouverture, j'ai regardé les statistiques de participation au camp de l’an dernier. Si nous supposons que cette année les données seront similaires, et c’est ce qui se produit habituellement, nous constatons que les trois quarts des personnes présentes ici aujourd’hui ont moins de 28 ans. Et cette information, qui peut sembler anecdotique, prend toute son importance si l’on considère qu’il y a justement 28 ans, le Mur de Berlin est tombé. Celles et ceux d’entre nous qui, comme moi, sont au milieu de leur troisième décennie, sont nés alors que Fukuyama proclamait la fin de l’histoire et criait au monde en 22 langues que les idéologies n’étaient plus nécessaires. L’âge moyen des participants de l’année dernière, inférieur à 23 ans, indique que la plupart des 400 personnes présentes ici sont nées à une époque qui n’était plus celle du « court vingtième siècle ».

Et pourtant nous sommes là. Révolutionnaires sans révolutions. Militantes et militants nés après la chute du mur de Berlin, nous entamons ce qui est déjà la 34e édition du camp de la jeunesse de la IVe Internationale, en cette année 2017, qui n’est pas n’importe quelle année, mais le centenaire du plus grand espoir de l’humanité qui ait jamais illuminé le monde. Un siècle après la révolution russe, on se demande : qu’est-ce que cela signifie pour nous d’être révolutionnaires aujourd’hui ?

1917 fut l’année où un parti ouvrier, soutenu par la paysannerie, a pris le pouvoir pour changer le monde. Et beaucoup de choses ont changé depuis, mais fondamentalement tout continue comme avant : l’abondance pour quelques-uns et la misère, la précarité, la tristesse pour les plus nombreux. En 2017, c’est la dynamique d’accumulation du capital et de la dépossession qui continue à régir le monde. La destruction de la planète au nom de la logique du profit n’a pas cessé, ni l’expropriation du corps des femmes, pas plus que le travail reproductif n’a cessé d’être rendu invisible et stigmatisé par l'hétérosexualité imposée et la division sexuelle du travail dans une famille nucléaire. La ghettoïsation des personnes racialisées dans le soi-disant « Premier Monde » continue, comme la prolifération des guerres impérialistes et le pillage des ressources dans les régions subordonnées du monde. La guerre idéologique n’a pas pris fin, alors que les moyens de production restent concentrés dans quelques mains. Beaucoup de ces phénomènes, en fait, ont empiré.

Celles et ceux d’entre nous qui sont nés après la chute du mur ont grandi en entendant répéter qu’il n’y a pas d’alternative possible. Ce qui se passait devait se passer, tout simplement parce que rien d’autre n’était possible. Le capitalisme est le seul modèle viable ; la démocratie libérale et bourgeoise est la seule démocratie possible. Et, comme tout le monde doit le savoir, le marxisme c’est le stalinisme et cela ne mène nulle part. Mais nous, nous savons que l’histoire n’est jamais inévitable, et que le passé est plein d’autres embranchements possibles même s’ils ne se sont pas concrétisés. Nous savons que, cent ans après la révolution russe, les idéologies restent nécessaires. Que le futur idéal promis par le capitalisme avec un visage humain n’est pas possible parce que, tout simplement, le capitalisme ne peut pas avoir de visage humain. Notre tâche centrale aujourd’hui, nous qui sommes les héritiers des communistes qui, dès le début, ont combattu le stalinisme au nom d’analyses marxistes et de la démocratie socialiste, c’est de nous réapproprier notre passé et de libérer la vie « du poids des morts d’hier et des cadavres politiques d’aujourd'hui ».

Oui, nous sommes révolutionnaires. Et nous le sommes, entre autres, parce que 1917 ne peut pas être oublié. La promesse d’humanité, de l’universalité et de l’émancipation qui est apparue dans le « feu éphémère de l’événement » est tellement importante pour l’humanité qu’on n’a pas le droit de l’oublier. Nous sommes révolutionnaires par loyauté envers ceux qui nous ont précédés et par loyauté envers ceux qui viendront plus tard. Parce que, comme l’a dit le camarade Daniel Bensaïd, militer c’est avant tout être loyal envers les inconnus.

Oui, nous sommes révolutionnaires. Parce que nous savons qu’il est possible de remuer ciel et terre pour construire une alternative à ce système meurtrier, qui nous dévore pour se reproduire et qui nous condamne à la plus absolue des misères. Nous sommes révolutionnaires, parce que nous luttons chaque jour contre toutes les oppressions, mais aussi et surtout parce que nous essayons de nous préparer pour les grands bonds en avant. Nous sommes révolutionnaires parce que nous aimons profondément la vie, et que nous refusons avec toute notre force de croire que cela peut être la seule façon de vivre.

1917 a été l’année où les parias de la terre se sont relevés. En 2017 c’est notre responsabilité de continuer à pousser pour que le monde change de base. La vie est belle. C’est à nous de la débarrasser de tout le mal, de l’oppression et de la violence pour que les générations suivantes en jouissent pleinement. ■

* Julia Cámara est une dirigeante du secteur jeune d’Anticapitalistas, section de la IVe Internationale de l’État espagnol. Nous reproduisons ici son intervention lors du meeting d’ouverture du 34e Camp international de la jeunesse en solidarité politique avec la IVe Internationale qui a eu lieu cette année à Otranto, en Italie, au cours de la dernière semaine de juillet. (Traduit de l’espagnol par JM).

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